Vaslav Nijinsky, danseur légendaire des Ballets russes : le scandale du Sacre du printemps — entretien avec une historienne de la danse

Publié le 14 juillet 2026 Entretien avec Marina Delacroix Temps de lecture : 15 minutes
Le 29 mai 1913, au Théâtre des Champs-Élysées, la première du Sacre du printemps tourne au chahut général. Sur scène, Vaslav Nijinsky, danseur étoile des Ballets russes de Serge de Diaghilev, impose une chorégraphie très primitive et tellurique qui rompt avec tous les codes du ballet classique. Pour revenir sur la trajectoire fulgurante de ce danseur hors norme — de l’École impériale de Saint-Pétersbourg à la scène parisienne, jusqu’à son déclin tragique — nous avons interrogé Marina Delacroix, historienne de la danse et du ballet russe, chercheuse associée à l’Opéra de Paris.
Portrait éditorial de Marina Delacroix, historienne de la danse et du ballet russe, chercheuse associée à l’Opéra de Paris
Marina Delacroix Historienne de la danse et du ballet russe, chercheuse associée à l’Opéra de Paris (spécialité : Ballets russes et avant-garde chorégraphique 1900-1930).

Portrait éditorial à vocation illustrative, composé à partir d’archives et de recherches sur l’époque des Ballets russes — il ne s’agit pas de la photographie d’une personne réelle identifiée.

1. Qui était Vaslav Nijinsky et quelle formation a-t-il reçue à Saint-Pétersbourg ?

Question Marina Delacroix, pour commencer, pourriez-vous nous présenter brièvement Vaslav Nijinsky, ses origines et sa formation à l’École impériale de ballet de Saint-Pétersbourg ?
Marina Delacroix

Vaslav Nijinsky est né le 12 mars 1889 à Kiev, qui faisait alors partie de l’Empire russe. Issu d’une famille de danseurs polonais itinérants, il a été baigné dès son plus jeune âge dans l’univers du ballet. En 1900, il intègre l’École impériale de ballet de Saint-Pétersbourg, une institution prestigieuse qui a formé certains des plus grands danseurs de l’histoire. Sous la tutelle de maîtres éminents comme Enrico Cecchetti et Pavel Gerdt, Nijinsky développe rapidement une technique exceptionnelle.

Doté d’une grâce naturelle et d’un sens inné du mouvement, il se distingue par son talent précoce et sa capacité à exécuter des sauts de grande amplitude, qui deviendront sa signature. En 1907, à seulement dix-huit ans, il rejoint le Ballet impérial du Théâtre Mariinsky, où il impressionne par sa virtuosité et son charisme sur scène. Sa formation à Saint-Pétersbourg a été cruciale, non seulement pour perfectionner sa technique, mais aussi pour l’exposer aux riches traditions du ballet classique russe, qu’il contribuera plus tard à révolutionner.

Danseur de ballet classique russe en pleine envolée, salle de répétition de Saint-Pétersbourg au début du XXe siècle
La formation académique à l’École impériale de Saint-Pétersbourg : le socle technique du futur danseur étoile des Ballets russes

2. Comment s’est faite la rencontre avec Serge de Diaghilev ?

Question Comment s’est faite la rencontre entre Nijinsky et Serge de Diaghilev, et quelle a été l’importance de son entrée dans les Ballets russes ?
Marina Delacroix

La rencontre entre Vaslav Nijinsky et Serge de Diaghilev est l’un de ces moments déterminants qui ont marqué l’histoire de la danse. Diaghilev, visionnaire de l’art et impresario audacieux, était à la recherche de talents exceptionnels pour sa nouvelle compagnie, les Ballets russes. En 1909, il organise une tournée à Paris, visant à présenter l’avant-garde russe au public occidental. Nijinsky, avec sa réputation grandissante au sein du Ballet impérial, devient rapidement l’une des pièces maîtresses de cette entreprise.

Son entrée dans les Ballets russes lui permet de s’affirmer non seulement comme un danseur exceptionnel, mais aussi comme un artiste capable de transcender les conventions du ballet classique. La tournée de 1909-1910 à Paris est un triomphe. Le public parisien, avide de nouveauté et de modernité, est conquis par les performances étincelantes de Nijinsky, qui se distingue par son expressivité et sa maîtrise technique. Cette collaboration avec Diaghilev marque le début d’une période féconde, aux côtés d’Anna Pavlova, autre étoile de la compagnie, qui deviendra rapidement une icône de la danse moderne.

3. Les rôles emblématiques d’un danseur hors norme

Question Quels ont été les rôles emblématiques de Nijinsky dans les Ballets russes, et qu’est-ce qui faisait de lui un danseur hors norme ?
Marina Delacroix

Parmi les nombreux rôles interprétés par Nijinsky, certains sont devenus légendaires, notamment Le Spectre de la rose, Petrouchka, et L’Après-midi d’un faune. Dans Le Spectre de la rose, Nijinsky incarne un esprit évanescent avec une légèreté et une virtuosité qui laissent le public ébahi. Sa capacité à exécuter des sauts impressionnants tout en donnant l’illusion de flotter dans les airs est inégalée. Dans Petrouchka, chorégraphié par Michel Fokine sur une musique d’Igor Stravinsky, il joue le rôle d’une marionnette tragique, exprimant une profondeur émotionnelle et une sensibilité qui touchent le cœur des spectateurs.

L’Après-midi d’un faune, qu’il chorégraphie lui-même en 1912, est une œuvre radicale qui met en avant son talent pour la chorégraphie innovante et la modernité gestuelle. Ce qui caractérise Nijinsky, c’est non seulement sa technique irréprochable, mais aussi son audace artistique. Il ose rompre avec les conventions du ballet classique pour explorer de nouveaux langages corporels, ce qui lui confère une place à part dans l’histoire de la danse.

Année de naissance12 mars 1889, Kiev (Empire russe)
FormationÉcole impériale de ballet de Saint-Pétersbourg (dès 1900)
Entrée chez Diaghilev1909, tournée parisienne des Ballets russes
Rôles majeursLe Spectre de la rose, Petrouchka, L’Après-midi d’un faune, Le Sacre du printemps
Scandale célèbrePremière du Sacre du printemps, 29 mai 1913, Théâtre des Champs-Élysées
Décès8 avril 1950, Londres

4. Le scandale de L’Après-midi d’un faune en 1912

Question Parlez-nous du scandale de L’Après-midi d’un faune en 1912. Pourquoi le geste final a-t-il été jugé scandaleux ?
Marina Delacroix

L’Après-midi d’un faune, inspiré d’un poème de Mallarmé et mis en musique par Claude Debussy, est une œuvre qui rompt radicalement avec l’esthétique classique. Nijinsky, en chorégraphe, choisit de simplifier les gestes et de s’inspirer des fresques antiques, créant ainsi une gestuelle angulaire et stylisée. Le scandale éclate lors de la première à Paris, lorsque le faune, interprété par Nijinsky lui-même, termine la pièce par un geste jugé obscène : il s’allonge sur un foulard abandonné par une nymphe et simule un acte de plaisir.

Ce geste final, perçu comme une allusion à la sexualité, choque une partie du public et de la critique parisienne, habitués à des représentations plus codifiées et prudes de la danse. La presse se divise, certains dénonçant une provocation inacceptable, d’autres saluant un acte de modernité audacieux. Ce scandale révèle à quel point Nijinsky était prêt à bousculer les conventions et à introduire des thèmes parfois jugés subversifs dans le ballet.

« Nijinsky ne dansait pas le faune, il était le faune — un être mi-animal, mi-dieu, dont chaque geste semblait sculpté dans la pierre antique. »
— Souvenir d’un critique parisien, rapporté dans les archives des Ballets russes

5. La genèse du Sacre du printemps

Question Que pouvez-vous nous dire sur la genèse du Sacre du printemps et la collaboration entre Nijinsky, Igor Stravinsky et Nicolas Roerich ?
Marina Delacroix

La genèse du Sacre du printemps est le fruit d’une collaboration exceptionnelle entre trois génies créatifs : Vaslav Nijinsky, Igor Stravinsky et Nicolas Roerich. Stravinsky, jeune compositeur russe, travaille sur une partition révolutionnaire, pleine de rythmes complexes et de dissonances, qui rompt avec les structures musicales traditionnelles. Nijinsky, en tant que chorégraphe, est chargé de traduire cette musique en mouvements. Son approche est radicale : il abandonne la grâce et la légèreté habituelles du ballet pour adopter une gestuelle angulaire, presque brutale, qui évoque la terre et la primitivité.

Nicolas Roerich, quant à lui, conçoit les décors et les costumes, s’inspirant des rites païens russes et des traditions folkloriques. Le Sacre du printemps est ainsi une œuvre totale, où musique, danse et arts visuels s’entremêlent pour créer une expérience sensorielle inédite. La collaboration entre ces trois artistes visionnaires est un exemple éclatant de l’avant-garde artistique du début du XXe siècle, prête à repousser les limites de l’art. Le site Heritage Russe revient plus largement sur ces figures fondatrices de l’avant-garde.

6. La première du 29 mai 1913 : récit du chahut

Question Que s’est-il passé exactement lors de la première du Sacre du printemps le 29 mai 1913 au Théâtre des Champs-Élysées, et quelles ont été les réactions du public ?
Marina Delacroix

La première du Sacre du printemps au Théâtre des Champs-Élysées est entrée dans la légende comme l’un des événements les plus tumultueux de l’histoire du ballet. Dès les premières notes de la musique de Stravinsky, une partie du public est déconcertée par la cacophonie apparente et les rythmes dissonants. Lorsque la danse commence, avec les mouvements anguleux et les postures inhabituelles de Nijinsky, l’incompréhension se transforme en indignation. Des huées et des cris s’élèvent dans la salle, certains spectateurs tentent même de s’en prendre physiquement aux danseurs.

Le tumulte est tel que Nijinsky doit crier les comptes aux danseurs depuis les coulisses pour qu’ils puissent poursuivre leur performance. Diaghilev, conscient de l’importance de l’événement, ordonne que les lumières soient éteintes puis rallumées pour tenter de calmer la salle. Des altercations éclatent entre les spectateurs, certains huant et sifflant, d’autres applaudissant frénétiquement. Camille Saint-Saëns, compositeur respecté, aurait quitté la salle, outré par ce qu’il considérait comme une insulte à la musique. D’autres, comme Jean Cocteau, furent fascinés par cette audace artistique. Les critiques étaient divisées, certains dénonçant un « massacre » musical et chorégraphique, tandis que d’autres percevaient un tournant révolutionnaire dans l’art. Ce chahut, loin de nuire à la réputation des Ballets russes, contribua à créer un mythe autour du Sacre, confirmant sa place de choix dans l’avant-garde culturelle de l’époque.

Scène de théâtre parisien en 1913, public agité dans une salle de spectacle, atmosphère de scandale artistique du début du XXe siècle
Le Théâtre des Champs-Élysées le 29 mai 1913 : la salle bascule dans le chahut dès les premières mesures du Sacre du printemps

7. Une chorégraphie en rupture avec les canons classiques

Question En quoi la chorégraphie du Sacre du printemps par Nijinsky représentait-elle une rupture avec les canons classiques de la danse ?
Marina Delacroix

La chorégraphie du Sacre du printemps par Vaslav Nijinsky a bouleversé les conventions du ballet occidental en rompant radicalement avec les canons classiques. Là où le ballet traditionnel valorisait la légèreté, la verticalité et la grâce, Nijinsky introduisit des mouvements lourds, ancrés et telluriques. Les danseurs exécutaient des sauts avec les pieds en dedans, une hérésie pour l’époque où la position en dehors était la norme. Le corps était souvent plié, les bras tendus de façon angulaire, évoquant une gestuelle archaïque.

Nijinsky s’inspira des recherches de Nicolas Roerich sur les rites slaves antiques, intégrant des éléments de folklore paysan russe. Les mouvements des danseurs semblaient refléter les rythmes de la terre, en écho aux rituels païens célébrant le renouveau du printemps. Ce langage chorégraphique inédit, loin de la sophistication et de l’élégance des ballets classiques, fit scandale par son audace. Pourtant, il ouvrit une nouvelle voie, celle d’un ballet expressif, capable de traduire l’intensité émotionnelle et la puissance brute de la nature — un jalon essentiel dans l’évolution de la danse moderne.

1911Le Spectre de la rose — rôle célèbre créé pour Nijinsky au Théâtre du Châtelet
1911Petrouchka — chorégraphie de Fokine sur une musique de Stravinsky, rôle-titre tragique
1912L’Après-midi d’un faune — première chorégraphie de Nijinsky, scandale du geste final
1913Le Sacre du printemps — chahut mémorable du 29 mai au Théâtre des Champs-Élysées
1913Jeux — dernier ballet créé avec Diaghilev avant la rupture

8. Ce que le scandale révèle de la modernité artistique

Question Que révèle ce scandale sur la modernité artistique et la rupture avec l’académisme du ballet classique ?
Marina Delacroix

Le scandale du Sacre du printemps est emblématique de la tension entre tradition et modernité qui caractérise le début du XXe siècle. À cette époque, le monde de l’art est en pleine effervescence, avec de nombreux artistes cherchant à rompre avec les conventions établies pour explorer de nouvelles formes d’expression. Le Sacre, par sa musique dissonante et sa chorégraphie révolutionnaire, incarne cette volonté de rupture. Nijinsky, en s’éloignant des canons classiques de la danse, propose une nouvelle esthétique qui met l’accent sur la force et la terre, plutôt que sur la légèreté et l’élévation.

Ce choix artistique audacieux est une déclaration en faveur de la modernité, une invitation à repenser le ballet non pas comme un art figé, mais comme un espace de création dynamique et évolutif. Le scandale révèle également les résistances face à cette modernité, mais il montre surtout que l’art peut être un vecteur puissant de changement et de réflexion sur la société.

9. Rupture, mariage et déclin psychiatrique

Question Que s’est-il passé pour Nijinsky après le Sacre du printemps ? Pouvez-vous évoquer sa rupture avec Diaghilev, son mariage, et son déclin psychiatrique ?
Marina Delacroix

Après le Sacre du printemps, la carrière de Nijinsky prend un tournant tragique. Sa relation avec Serge de Diaghilev, qui a été à la fois professionnelle et personnelle, se détériore. En 1913, Nijinsky épouse Romola de Pulszky, une danseuse hongroise, lors d’une tournée en Amérique du Sud. Ce mariage, qui surprend et déplaît à Diaghilev, entraîne la rupture définitive avec les Ballets russes. Sans le soutien de Diaghilev, Nijinsky tente de monter sa propre compagnie, mais il se heurte à de nombreuses difficultés.

Sa situation personnelle se complique avec l’apparition des premiers signes de schizophrénie, une maladie mentale qui va progressivement le priver de sa carrière et de sa vie sociale. Interné dans plusieurs établissements psychiatriques, il vit ses dernières années dans une relative obscurité, loin des feux de la rampe. Nijinsky s’éteint le 8 avril 1950 à Londres, laissant derrière lui un héritage artistique immense mais une vie personnelle marquée par la souffrance et l’incompréhension.

10. Héritage dans la danse moderne et regard rétrospectif

Question Comment le regard porté sur le Sacre du printemps a-t-il évolué au fil du XXe siècle, et quelles ont été les reprises chorégraphiques marquantes de l’œuvre ?
Marina Delacroix

Le Sacre du printemps, après avoir suscité un scandale retentissant en 1913, a progressivement été réévalué par les critiques et les historiens de la danse tout au long du XXe siècle. Ce qui fut d’abord perçu comme une provocation a été reconnu comme une œuvre visionnaire, annonciatrice des révolutions esthétiques à venir. Alors que le choc initial fut lié à la rupture avec les normes établies, les générations suivantes ont salué la modernité de la partition de Stravinsky et la profondeur de la chorégraphie de Nijinsky.

Au fil des décennies, de nombreux chorégraphes ont revisité le Sacre, chacun apportant une nouvelle interprétation de cette œuvre mythique. Parmi les plus marquantes, la version de Pina Bausch en 1975 est emblématique : elle plongea les danseurs dans un univers organique, sur une scène recouverte de terre, accentuant l’aspect rituel et primitif de l’œuvre. Maurice Béjart, en 1959, proposa une lecture plus abstraite, centrée sur l’énergie collective et l’élan vital. L’héritage de Vaslav Nijinsky dans l’histoire de la danse moderne est immense : sa capacité à intégrer des éléments de la danse folklorique et des formes d’expression plus contemporaines a ouvert la voie à de nombreux chorégraphes du XXe siècle, des figures comme Martha Graham ou Pina Bausch ayant reconnu son influence.

Le Sacre du printemps fut sifflé dès la première note — Vrai ou faux ?

Approximativement vrai. Le chahut a commencé dès les premiers accords du basson dans le registre aigu, avant même le lever de rideau complet. Les témoignages diffèrent sur l’exact moment du déclenchement, mais le scandale était total dès le premier acte.

Nijinsky a chorégraphié le Sacre en solo — Vrai ou faux ?

Faux. La chorégraphie fut le fruit d’une collaboration étroite avec Stravinsky pour la musique et Roerich pour les décors, costumes et l’inspiration ethnographique des rites slaves antiques.

Nijinsky n’est jamais remonté sur scène après son internement — Vrai ou faux ?

Vrai. Après l’apparition des premiers symptômes de schizophrénie et son internement, Nijinsky ne retrouva jamais la scène, passant le reste de sa vie loin des feux de la rampe jusqu’à sa mort en 1950.

11. Patrimoine franco-russe : pourquoi cette histoire compte encore à Paris

Question Pour conclure, quel lien peut-on établir entre l’histoire de Nijinsky et le patrimoine culturel franco-russe, et pourquoi cette histoire reste-t-elle importante aujourd’hui à Paris ?
Marina Delacroix

L’histoire de Vaslav Nijinsky est profondément enracinée dans le patrimoine culturel franco-russe, symbolisant les échanges artistiques féconds entre ces deux nations au début du XXe siècle. Les Ballets russes, sous la direction de Serge de Diaghilev, ont joué un rôle crucial dans la diffusion de l’avant-garde russe en Occident, et Paris a été le théâtre privilégié de cette rencontre culturelle. Nijinsky, par son talent et son audace, a incarné cette synergie artistique, contribuant à transformer le paysage de la danse européenne, aux côtés de peintres d’avant-garde comme Natalia Gontcharova, elle aussi liée à l’univers des Ballets russes.

Aujourd’hui, son héritage est un rappel puissant de l’importance du dialogue interculturel dans la création artistique. À Paris, ville de l’avant-garde et de l’innovation, l’histoire de Nijinsky résonne comme un appel à l’ouverture et à l’expérimentation. Pour les lecteurs souhaitant approfondir ce patrimoine culturel partagé, le site Cercle Pouchkine propose des ressources complémentaires sur les échanges artistiques franco-russes de cette époque. Elle nous invite à célébrer la richesse des influences croisées et à reconnaître la danse comme un langage universel, capable de transcender les frontières et de rassembler les peuples autour d’une passion commune pour l’art et la beauté.

Le saviez-vous ? Malgré le chahut de la première, Le Sacre du printemps fut joué en version de concert dès l’année suivante, en 1914, sous la direction de Pierre Monteux : sans la chorégraphie qui avait tant choqué, la partition de Stravinsky reçut alors une ovation triomphale de la même salle parisienne.

Questions fréquentes sur Vaslav Nijinsky et le Sacre du printemps

Qui était Vaslav Nijinsky ?

Vaslav Nijinsky (1889-1950) était un danseur et chorégraphe russe, considéré comme l’un des plus grands danseurs de l’histoire du ballet. Formé à l’École impériale de ballet de Saint-Pétersbourg, il devint l’étoile principale des Ballets russes de Serge de Diaghilev à Paris, célèbre pour ses sauts spectaculaires et ses rôles dans Le Spectre de la rose, Petrouchka et L’Après-midi d’un faune.

Que s’est-il passé lors de la première du Sacre du printemps en 1913 ?

Le 29 mai 1913, la première du Sacre du printemps au Théâtre des Champs-Élysées provoqua l’un des plus grands scandales de l’histoire du spectacle vivant. La musique dissonante de Stravinsky et la chorégraphie radicale de Nijinsky, avec ses mouvements telluriques et ses pieds en dedans, déclenchèrent des huées, des cris et des altercations dans la salle, obligeant Nijinsky à crier les comptes aux danseurs depuis les coulisses.

Pourquoi L’Après-midi d’un faune a-t-il fait scandale en 1912 ?

L’Après-midi d’un faune, chorégraphié par Nijinsky en 1912 sur une musique de Debussy, choqua par son geste final : le faune, interprété par Nijinsky, s’allonge sur un foulard abandonné par une nymphe dans un geste perçu comme une allusion sexuelle. La presse parisienne se divisa entre scandale et éloge de la modernité de l’œuvre.

Quelle a été la fin de la vie de Nijinsky ?

Après sa rupture avec Diaghilev en 1913, consécutive à son mariage avec Romola de Pulszky, Nijinsky vit sa carrière décliner. Les premiers signes de schizophrénie apparaissent quelques années plus tard, le conduisant à être interné dans plusieurs établissements psychiatriques. Il s’éteint le 8 avril 1950 à Londres, après des décennies loin de la scène.

Quel est l’héritage de Nijinsky dans la danse moderne ?

Nijinsky a ouvert la voie à la danse moderne en rompant avec les canons classiques du ballet, en intégrant des éléments du folklore russe et une gestuelle expressive et angulaire. Son influence se retrouve chez des chorégraphes comme Martha Graham et Pina Bausch, et ses créations comme Le Sacre du printemps ont continué d’être reprises et réinterprétées tout au long du XXe siècle.