Marina Tsvetaeva, poésie de l'exil : entretien avec une spécialiste de l'Âge d'argent russe
Sophie Marchand enseigne la poésie russe du début du XXe siècle dans une grande université parisienne. Depuis quinze ans, ses recherches portent sur Marina Tsvetaeva, Anna Akhmatova et le cercle élargi de l'Âge d'argent.
Lorsqu'on prononce le nom de Marina Tsvetaeva devant un lecteur francophone curieux mais non spécialisé, la réaction est souvent timide : une silhouette aperçue, une poésie pressentie comme exigeante, une tragédie personnelle vaguement située dans le siècle russe. Pourtant, aucune compréhension véritable de la poésie russe du XXe siècle n'est complète sans Tsvetaeva — pas plus que sans Akhmatova, sans Mandelstam, sans Pasternak. Et la spécificité de Tsvetaeva, c'est cet exil parisien de quatorze années qui a façonné une partie décisive de son œuvre dans nos banlieues ouest : Meudon, Clamart, Vanves.
Pour présenter cette voix à un public large, nous avons sollicité Sophie Marchand. Au fil de cet entretien, elle déploie avec pédagogie les fils qui mènent de la jeune fille moscovite cultivée à la poétesse en exil, du salon parisien désenchanté aux dernières années soviétiques, et éclaire les choix d'une artiste qui a tout sacrifié à sa langue.
Qui était Marina Tsvetaeva, et pourquoi cette injustice de notoriété ?
Marianne Lefèvre : Sophie, qui était Marina Tsvetaeva ? Pour le grand public francophone, son nom est moins connu que celui d'Akhmatova ou de Mandelstam. Pourquoi cette injustice ?
Sophie Marchand :Volontiers. Marina Ivanovna Tsvetaeva naît le 26 septembre 1892 à Moscou, dans une famille remarquable. Son père, Ivan Vladimirovitch Tsvetaev, est professeur d'histoire de l'art à l'université de Moscou et fondateur du musée des Beaux-Arts (l'actuel musée Pouchkine). Sa mère, Maria Mein, est pianiste, élève d'Anton Rubinstein, d'origine polono-allemande. Imaginez le contexte : une enfance immergée dans les arts, dans plusieurs langues parlées à la maison — russe, allemand, français — avec des séjours réguliers en Italie et en Allemagne pour la santé de la mère tuberculeuse. Marina publie son premier recueil, Album du soir, en 1910, à dix-huit ans. Le livre est remarqué immédiatement par Brioussov, par Voloshin, par Goumilev.
Pourquoi cette moindre notoriété en France ? Plusieurs raisons concourent. D'abord, la poésie de Tsvetaeva est réputée plus difficile à traduire que celle d'Akhmatova : sa syntaxe disloquée, ses tirets violents, ses ruptures rythmiques se laissent mal transposer. Akhmatova, elle, dans ses poèmes courts, offre une simplicité apparente qui passe mieux la frontière des langues. Ensuite, Tsvetaeva n'a pas eu, en France, l'effet d'amplification qu'a connu Akhmatova grâce au célèbre Requiem et à sa figure de résistante à Staline. Tsvetaeva a aussi payé le prix de son indépendance politique : elle ne se laisse classer ni avec les blancs, ni avec les rouges, ni vraiment avec l'émigration. Sa silhouette dérange tous les camps.
Et puis il y a le fait, étrange et fort, qu'elle a vécu quatorze ans en banlieue parisienne sans jamais entrer vraiment dans le paysage littéraire français. Elle ne parlait pourtant qu'un français excellent — mais elle était pauvre, marginale, et le milieu de l'émigration russe lui était largement hostile. C'est une figure qu'on redécouvre, en France, depuis les années 1980, grâce notamment aux traductions de Véronique Lossky et d'Henri Abril, et au travail des éditions Clémence Hiver puis des éditions des Syrtes.
Mais la révélation est en cours. Quand on l'aborde sérieusement, on comprend qu'elle est, avec Akhmatova, l'une des deux plus grandes poétesses russes du XXe siècle — certains diraient supérieure à Akhmatova par l'invention formelle. Le Symbolisme russe, dont elle est issue par sa formation, lui a donné un premier souffle, mais elle l'a vite dépassé.
Tsvetaeva dans le paysage poétique russe du début du XXe siècle
Marianne Lefèvre : Comment situeriez-vous Tsvetaeva dans le paysage poétique russe du début du XXe siècle ? Avec quels mouvements faut-il la rapprocher ?
Sophie Marchand :C'est une question délicate, car Tsvetaeva refuse les étiquettes. Elle est contemporaine du Symbolisme finissant, de l'Acméisme d'Akhmatova et Mandelstam, du Futurisme de Khlebnikov et Maïakovski. Elle connaît tout le monde, lit tout le monde, mais ne s'inscrit dans aucun manifeste. Son indépendance est totale, ce qui est typique de sa personnalité mais aussi du moment : elle entre en poésie en 1910, l'année où les courants commencent à se fragmenter et où la jeune génération se méfie des maîtres.
Si on doit absolument la rattacher à quelque chose, c'est plutôt aux post-symbolistes, ce groupe informel qui hérite de la spiritualité et de l'ambition cosmique du symbolisme tout en assumant une rupture avec sa rhétorique. Pasternak, Khodassevitch, Mandelstam dans certains textes, Tsvetaeva — tous se reconnaissent dans cette filiation oblique. Ils gardent du symbolisme l'idée que la poésie est un acte de connaissance, mais ils refusent ses afterys et son brouillard.
Sa relation aux Acméistes est instructive. Tsvetaeva connaît Akhmatova, lui consacre en 1916 un cycle de poèmes sublimes, mais leur amitié reste toujours empreinte d'une certaine distance. Elles sont comme deux soleils qui ne peuvent pas occuper la même orbite. Mandelstam, en revanche, a vécu un épisode amoureux intense avec Tsvetaeva en 1916 à Moscou, qui a laissé chez chacun des poèmes magnifiques. Ils ont marché ensemble dans le Kremlin, dans les rues du quartier de Khamovniki, et toute cette période est inscrite dans le cycle Poèmes à Moscou.
Avec les Futuristes, elle est plus distante : leur agressivité programmatique, leur volonté de jeter Pouchkine par-dessus bord, lui sont étrangères. Tsvetaeva est par contre profondément, viscereement, attachée à Pouchkine. Son essai Mon Pouchkine, écrit en 1937, est l'un de ses textes les plus émouvants : c'est un Pouchkine personnel, intime, qu'elle a reçu très jeune et qui l'accompagne toute sa vie. Cette piété pouchkinienne la rapproche d'Akhmatova et la sépare de Maïakovski.
Dans les années 1920, en exil, elle est en correspondance régulière avec Boris Pasternak resté en URSS — une amitié poétique brûlante, presque amoureuse, qui dure jusqu'à leur retrouvaille manquée en 1935 lors du Congrès pour la défense de la culture à Paris. Elle correspond aussi avec Rainer Maria Rilke en 1926, l'année où Rilke meurt. Cette correspondance triangulaire Tsvetaeva — Pasternak — Rilke est l'un des sommets de la littérature européenne du XXe siècle.
La complexité de la poésie de Tsvetaeva : pourquoi est-elle réputée difficile ?
Marianne Lefèvre : Sa poésie est réputée très difficile. Qu'est-ce qui la rend si complexe ? Concrètement, comment décririez-vous son style à un lecteur qui ne lit pas le russe ?
Sophie Marchand :C'est une question essentielle. La poésie de Tsvetaeva est exigeante pour plusieurs raisons qui se conjuguent. La première est rythmique. Tsvetaeva écrit dans un russe d'une intensité sonore peu commune. Sa phrase est constamment hachée par des tirets — ce fameux tiré tsvetaevïen, marque distinctive de sa poésie. Ces tirets ne sont pas décoratifs : ils sculptent le rythme, créent des silences, des suspensions, des reprises haletantes. Lire un poème de Tsvetaeva, c'est entendre une voix qui suffoque, qui reprend son souffle, qui jette ses mots comme des pierres.
La deuxième difficulté est syntaxique. Tsvetaeva travaille la phrase russe au-delà des limites courantes. Elle ellipt, elle inverse, elle compresse. Une strophe peut concentrer dans quatre vers ce qui en demanderait dix dans une prose discursive. Cette densité est superbe en russe, mais elle décourage le traducteur qui doit choisir entre conserver l'éclat et éclairer le sens.
Troisième élément : l'inventivité lexicale. Tsvetaeva forge des mots, joue avec les racines russes, ressuscite des termes archaïques, croise le vocabulaire folklorique avec le vocabulaire savant. Cela crée une langue d'une richesse extraordinaire, mais qui demande au lecteur une certaine préparation ou, pour un étranger, une bonne traduction critique. Un mot tsvetaevïen peut combiner trois références : Pouchkine, la chanson populaire, l'Église orthodoxe.
Enfin, et peut-être surtout, sa poésie est marquée par une intensité affective extrême. Tsvetaeva n'écrit jamais à mi-voix. Tout est exalté, brûlant, urgent. Elle dit elle-même : « Mes vers sont des cris. » Cela peut surprendre un lecteur français habitué à une poésie plus retenue. Il faut accepter ce diapason haut, sans le confondre avec une simple emphase. C'est une intensité pensée, structurée, d'une rigueur formelle absolue.
En traduction française, l'édition de référence reste celle d'Henri Abril chez Poesie/Gallimard : Insomnie et autres poèmes. Abril est un grand traducteur de la poésie russe, et il propose une version qui reste fidèle au rythme tsvetaevïen sans sacrifier l'intelligibilité. C'est par là qu'il faut commencer.
L'exil : quitter la Russie en 1922
Marianne Lefèvre : Parlons de l'exil. Tsvetaeva quitte la Russie en 1922 — dans quelles circonstances précises ? Pourquoi part-elle, et comment ?
Sophie Marchand :Les circonstances sont terribles. Marina Tsvetaeva a vécu à Moscou la révolution de 1917, le communisme de guerre, la famine. Son mari Sergueï Efron, qu'elle avait épousé en 1912 à dix-neuf ans, a rejoint l'Armée blanche en 1917. Elle reste seule à Moscou avec ses deux filles, Ariadna née en 1912 et Irina née en 1917. La situation matérielle est catastrophique. En 1919, Tsvetaeva, à bout, place sa fille cadette Irina dans un orphelinat soviétique en espérant qu'elle y sera mieux nourrie. La petite y meurt de faim en février 1920. Cette tragédie marquera Tsvetaeva à jamais ; on la sent dans toute son œuvre comme une plaie qui ne se referme pas.
Pendant trois ans, Tsvetaeva n'a aucune nouvelle de son mari, qu'elle suppose mort en Crimée avec les armées de Wrangel. En 1921, par un canal littéraire, Ilya Ehrenbourg lui apprend qu'Efron est vivant et étudie à Prague. Elle décide alors de le rejoindre. En mai 1922, elle obtient avec Ariadna une autorisation de sortie soviétique — chose encore possible à cette époque, avant la fermeture totale des frontières à la fin des années 1920.
Elle passe d'abord par Berlin, capitale à ce moment-là de l'émigration russe culturelle, où vivent Khodassevitch, Berberova, Andreï Biely, Aleksei Tolstoï, Pasternak en visite, Ilya Ehrenbourg. Elle y reste deux mois et demi, le temps de rencontrer Pasternak — qui devient pour le restant de sa vie son grand correspondant poétique. Puis elle rejoint son mari à Prague, en Tchécoslovaquie.
Les années de Prague, de 1922 à 1925, sont les plus heureuses de son exil. Le gouvernement de Masaryk verse des bourses aux intellectuels russes émigrés. Tsvetaeva bénéficie de cette aide. Elle vit dans la campagne tchèque, à Mokropsy puis à Vsenory, dans des maisons modestes mais dignes. C'est là qu'elle écrit certains de ses chefs-d'œuvre, notamment Le Poème de la montagne et Le Poème de la fin, inspirés d'une passion brûlante et brève pour Konstantin Rodzevitch. Son fils Gueorgui — qu'elle appelle Mour — naît en 1925 à Vsenory.
Mais en 1925, les bourses tchèques diminuent, le cœur de l'émigration russe se déplace vers Paris, et la famille Tsvetaeva-Efron décide de rejoindre la France. C'est un départ qu'elle vit sans enthousiasme ; Prague restera dans sa mémoire comme la dernière terre où elle ait connu une certaine paix.
Paris, 1925-1939 : Meudon, Clamart, la misère
Marianne Lefèvre : Elle vit en région parisienne de 1925 à 1939, principalement à Meudon et Clamart. Comment vit-elle cet exil ? Quel est son quotidien ?
Sophie Marchand :Le quotidien de Tsvetaeva en région parisienne est marqué par une grande pauvreté matérielle et un isolement littéraire croissant. Elle arrive en novembre 1925 et s'installe d'abord à Bellevue, puis à Meudon (rue Jeanne d'Arc, puis avenue Jeanne d'Arc), à Clamart (avenue Jean-Baptiste Clément), à Vanves, et brièvement à Issy-les-Moulineaux. Elle ne vivra jamais dans Paris intra-muros, faute de moyens. Les loyers en banlieue ouest, surtout dans ces communes encore semi-rurales à l'époque, sont accessibles — mais les logements sont insalubres, mal chauffés, exigus.
Le ménage tient matériellement grâce à trois sources : les rares cachets de Tsvetaeva pour ses publications dans les revues de l'émigration (notamment Volia Rossii à Prague et Sovremennye zapiski à Paris), les piges de Sergueï Efron, et les souscriptions privées organisées par des amis comme la dame Salomeia Halpern-Andronikova ou Anna Tesková, sa correspondante tchèque. C'est une économie précaire, presque permanente.
Tsvetaeva se lève tôt, écrit ses poèmes dans un coin de la cuisine ou sur un coin de table, fait elle-même la corvette des courses, lave le linge, prépare les repas. Elle a deux enfants à élever : Ariadna, dite Alia, qui devient son aide précieuse et à qui elle confie peu à peu trop de responsabilités, et Mour, surnommé ainsi pour Gueorgui, son fils né en 1925 à Prague et qu'elle adore avec une intensité presque inquiétante. Mour est un enfant brillant mais difficile, qui devient un adolescent tourmenté entre deux mondes.
Sur le plan littéraire, Tsvetaeva publie peu — ses textes sont jugés difficiles par les revues de l'émigration. Le grand recueil Après la Russie, paru à Paris en 1928, qui contient certains de ses sommets poétiques, est un échec commercial. Elle dérive vers la prose autobiographique et essayistique, plus accessible et mieux payée : Mon Pouchkine, Le Diable, Ma Mère et la musique, L'Épisode de la fïléne, des essais sur Pasternak, sur le poète dans la cité, sur l'art à la lumière de la conscience.
Le milieu de l'émigration russe parisienne lui est largement hostile. Elle est incompatible avec la sociabilité mondaine, avec les conventions poétiques rassurantes du groupe réuni autour des Sovremennye zapiski. Khodassevitch est respectueux, Bounine indifférent, Adamovitch et Otsoup la critiquent. Quelques amis fidèles la soutiennent : la poétesse Sofïa Dima — mais ce sont des cercles étroits.
S'ajoute le drame conjugal. Sergueï Efron, ancien officier blanc, glisse progressivement dans les années 1930 vers la sympathie soviétique, puis vers l'engagement actif au sein du NKVD à l'étranger — il participera à l'opération d'assassinat d'Ignace Reiss en Suisse en 1937. Tsvetaeva ignore probablement la nature exacte de ses activités, mais elle souffre d'un éloignement croissant. Le couple qui était au cœur de sa jeunesse devient un foyer de tensions silencieuses. La diaspora russe à Paris était un milieu polarisé politiquement, et les Efron-Tsvetaeva en ont subi tous les déchirements.
Les œuvres essentielles de la période parisienne
Marianne Lefèvre : Quelles sont les œuvres essentielles de la période parisienne ? Que doit-on absolument lire pour saisir cette période ?
Sophie Marchand :La période parisienne est moins productive poétiquement que la période tchèque, mais elle est centrale par sa prose. C'est là, dans la pauvreté et l'isolement, que Tsvetaeva écrit ses essais et ses récits autobiographiques les plus aboutis — et qu'elle livre un dernier sursaut poétique magnifique avant le silence du retour en URSS.
Côté poésie, le recueil de référence est Après la Russie, paru à Paris en 1928. Il réunit les poèmes écrits entre 1922 et 1925, donc principalement la période tchèque mais publiée à Paris ; c'est un livre décisif. Ensuite, dans les années 1930, elle écrit des cycles poétiques déchirants : les Vers à la Tchécoslovaquie en 1938-1939, écrits en réaction à la trahison de Munich et à l'occupation allemande de la Tchécoslovaquie qui l'avait accueillie. Ce sont des poèmes politiques d'une force rare, parmi les plus beaux que la littérature russe ait consacrés à la résistance face au totalitarisme.
Côté prose, plusieurs textes essentiels. Mon Pouchkine, écrit en 1937 pour le centenaire de la mort du poète, est un chef-d'œuvre absolu : c'est l'autobiographie d'une lectrice, le récit de sa rencontre enfantine avec l'œuvre pouchkinienne, mêlé aux souvenirs de la maison moscovite, du tableau dans le salon, de la mère au piano. Le Diable (1935), Ma Mère et la musique (1934), La Maison du Vieux Pimène (1934), Le Conte de la mère (1935) forment un cycle de mémoires d'enfance saisissants.
Ses essais sont moins lus aujourd'hui mais ils méritent l'attention : Le Poète et le temps (1932), L'Art à la lumière de la conscience (1932), Le Poète sur la critique (1926), des textes sur Boris Pasternak, sur Vladimir Maïakovski, sur Andrei Biely, qu'elle rencontre à Berlin en 1922 et à qui elle consacre un essai magnifique après sa mort en 1934. Elle a aussi composé deux longs poèmes-tragédies sur des thèmes mythologiques : Thésée (Ariane), écrit en 1923-1927, et Phèdre, écrit en 1927-1928. Ces poèmes-tragédies sont d'une difficulté absolue, mais d'une beauté rare.
Enfin, la correspondance. La correspondance avec Boris Pasternak et Rainer Maria Rilke en 1926 est l'un des sommets de la littérature européenne. Trois poètes — un Russe en URSS, un Russe en exil, un Allemand de la grande tradition — s'écrivent par-dessus les frontières politiques, dans une exaltation pure de la poésie comme acte spirituel. Rilke meurt en décembre 1926. Tsvetaeva lui consacre alors un cycle bouleversant, Poème de l'air, et un essai en russe-allemand inachevé. La traduction française intégrale de cette correspondance est parue chez Gallimard en 1983 sous le titre Correspondance à trois, éditée par K. M. Asadowski, E. B. Pasternak et E. V. Pasternak.
Le retour en URSS en 1939 : une décision tragique
Marianne Lefèvre : Le retour en URSS en juin 1939, c'est l'une des décisions les plus douloureuses de l'histoire littéraire. Que s'est-il passé ? Pourquoi rentre-t-elle ?
Sophie Marchand :Cette décision est l'une des grandes énigmes — et l'une des grandes douleurs — de la biographie de Tsvetaeva. Pour la comprendre, il faut entrer dans la chronologie précise de la fin des années 1930.
Septembre 1937. Sergueï Efron, qui travaille pour les services soviétiques en France depuis le début des années 1930, est compromis dans l'assassinat d'Ignace Reiss, agent du NKVD passé à l'Ouest, exécuté en Suisse. La police française enquête. Efron est exfiltré en urgence vers l'URSS via Le Havre. Tsvetaeva est interrogée par la police française au commissariat de Vanves. Elle répond avec dignité, n'incrimine pas son mari, mais sa situation devient impossible à Paris : la diaspora russe, qui ignorait peut-être les activités d'Efron, la coupe du jour au lendemain. Plus de cachets, plus d'invitations, plus de soutien.
Mars 1937. Sa fille Ariadna, alors âgée de vingt-quatre ans, choisit elle aussi de rentrer en URSS, convertie au soviétisme et impatiente d'y mener une vie de jeune soviétique. Tsvetaeva reste à Paris avec Mour, alors adolescent. Elle écrit à Anna Tesková : « Tout le monde rentre, ils ont tous élu la Russie. Je suis contre, je sais ce qu'est la Russie soviétique, mais comment vivre seule ici ? »
Pendant deux ans, elle hésite, écrit, traduit, donne quelques rares lectures. Elle est de plus en plus seule. La crise tchécoslovaque de 1938, l'année des accords de Munich, la désespere : la Tchécoslovaquie qui l'avait accueillie est livrée à Hitler. Elle écrit dans une lettre : « Je ne peux plus vivre dans une Europe qui pactise avec le Mal. » Mais surtout, Mour, qui a quatorze ans en 1939, ne pense qu'à rentrer en URSS : il vit de plus en plus mal son statut d'apatride en France, ses camarades de collège sont d'origine russe orientés par leurs parents vers le retour, l'URSS lui apparaît comme la seule patrie possible. Tsvetaeva cède devant son fils.
Le 12 juin 1939, elle embarque avec Mour au Havre sur le navire soviétique Maria Oulianova. Elle écrit sur son carnet : « On n'a pas le choix. » Elle a consacré quatorze ans de sa vie à tenir l'exil dans la dignité, et elle abdique au moment où l'Europe entre en guerre.
Ce qui l'attend en URSS dépassera tout ce qu'elle pouvait redouter. Elle retrouve sa sœur Anastasia revenue d'un camp, et son mari et sa fille, mais qui sont sur des listes du NKVD. Le 27 août 1939, Ariadna est arrêtée. Le 10 octobre 1939, Sergueï Efron est arrêté à son tour. Il sera fusillé en 1941, Ariadna passera seize ans entre prison et exil. Tsvetaeva, sans logement stable, sans ressources, sans publications possibles — ses textes sont interdits —, traduit pour survivre. Quand la guerre éclate en juin 1941, l'évacuation l'envoie avec Mour à Elabouga, en République du Tatarstan, à mille kilomètres à l'est de Moscou.
Elabouga, août 1941 : le suicide
Marianne Lefèvre : Le suicide d'Elabouga le 31 août 1941. Comment l'expliquer ? Pouvez-vous restituer les derniers jours ?
Sophie Marchand :Elabouga est une petite ville de la République du Tatarstan, sur la Kama. Tsvetaeva y arrive avec Mour le 17 août 1941. Elle est seule : son mari est en prison, sa fille en prison, sa sœur Anastasia revïent juste de camp et n'a aucun moyen. Tsvetaeva, qui a quarante-huit ans, n'a aucun logement ; elle est placée dans une isba paysanne, partage la chambre commune avec une famille tatare. Le 18 août, elle dépose une demande pour travailler comme plongeuse à la cantine de l'Union des écrivains de Tchistopol, à quatre-vingt kilomètres de là. Sa demande est tergiversée.
Dans les dix derniers jours, plusieurs éléments se conjuguent. Mour, alors âgé de seize ans, est devenu adolescent agressif : il reproche à sa mère de l'avoir emmené dans cette misère, lui parle violemment, écrit dans son journal des phrases dures (« maman est devenue insupportable »). Tsvetaeva est sans nouvelles d'Efron depuis des mois. Elle a appris que les services lui ont proposé un travail d'indicateur en échange de lettres à sa fille emprisonnée. Elle est terrassée par cette proposition.
Le 31 août 1941, ses hôtes paysans partent à un travail collectif. Mour est sorti. Elle reste seule dans l'isba. Elle se pend à un crochet du seni, le vestibule. Elle laisse trois lettres : une à Mour (« Mourletchenko, pardonne-moi, mais ça aurait été pire ensuite. Je suis gravement malade »), une au poète Aseev en lui demandant de prendre soin de Mour, une à ses hôtes en s'excusant.
Le suicide n'est donc pas un coup de tonnerre. C'est l'aboutissement de quatre années de descente continue : l'isolement parisien depuis 1937, la décision impossible de 1939, l'arrestation de sa fille puis de son mari, l'interdiction de publier en URSS, l'évacuation, l'absence de toit, l'absence de travail, l'incapacité d'imaginer un avenir pour Mour. Elle a tenu, dans des conditions impossibles, jusqu'au moment où elle ne pouvait plus tenir. Sa lucidité et sa dignité, dans cet effondrement, sont absolues.
Elle est enterrée à Elabouga, dans une fosse anonyme du cimetière. L'emplacement exact reste incertain. En 1960, sa sœur Anastasia, devenue une vieille femme respectée dans l'URSS post-stalinienne, fait dresser une croix commémorative à un emplacement supposé. Cette croix est devenue un lieu de pèlerinage. Mour, son fils, mourra deux ans plus tard, en juillet 1944, soldat de l'Armée rouge, en Bïélorussie. Aucun des descendants directs de Marina Tsvetaeva n'a survécu à cette génération.
La postérité de Tsvetaeva en Russie aujourd'hui
Marianne Lefèvre : Quelle est la postérité de Tsvetaeva en Russie aujourd'hui ? Comment est-elle reçue dans son pays ?
Sophie Marchand :La postérité de Tsvetaeva en Russie est aujourd'hui établie au plus haut niveau. Elle est l'une des trois ou quatre voix poétiques fondatrices du XXe siècle russe, aux côtés d'Akhmatova, de Mandelstam et de Pasternak. C'est une réhabilitation totale — ce qui n'a pas toujours été le cas.
Sa réhabilitation a été longue. Pendant les vingt premières années après sa mort, son nom était pratiquement effacé en URSS. Le dégel khrouchtchévien apporte un premier allègement : Ariadna, sortie du Goulag en 1955, consacre les vingt dernières années de sa vie à réunir, transcrire et publier l'œuvre de sa mère. Elle décède en 1975 sans avoir vu l'édition complète qu'elle préparait — cette édition paraît finalement en plusieurs volumes dans les années 1980-1990.
Aujourd'hui, le Musée Tsvetaeva à Moscou, installé dans son ancienne maison de l'enfance dans le quartier de Khamovniki, est l'un des hauts lieux de la littérature russe. Sa maison de Tarussa, où elle passait les étés d'enfance, est également un lieu de pèlerinage. Le 31 août, anniversaire de sa mort, est une date marquée dans le calendrier poétique russe. Ses poèmes sont enseignés dans tous les manuels scolaires.
La génération des grands poètes soviétiques de l'après-Staline — Joseph Brodsky, Bella Akhmadoulina, Andreï Voznessenski, Bulat Okoudjava — tous reconnaissent leur dette à Tsvetaeva. Brodsky, dans ses essais sur la poésie russe, a rendu à Tsvetaeva un hommage extrêmement éclairant : il la considérait comme la plus grande poétesse russe du XXe siècle, supérieure à Akhmatova par l'invention formelle.
Sur le plan international, sa réception est en pleine expansion. Elle est traduite dans toutes les grandes langues européennes, étudiée dans les universités anglo-saxonnes, redonnée régulièrement en lecture publique. Le contexte géopolitique actuel ralentit certains échanges culturels, mais l'œuvre, elle, continue de circuler. C'est l'une des découvertes russes les plus puissantes pour le lecteur occidental qui s'y plonge.
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Par où commencer pour lire Tsvetaeva en français ?
Marianne Lefèvre : Si on devait commencer à la lire, par où conseilleriez-vous de commencer ?
Sophie Marchand :Je propose un parcours en quatre étapes, du plus accessible au plus exigeant.
Première étape : commencer par sa prose autobiographique, plus accessible que sa poésie. Mon Pouchkine, paru chez Clémence Hiver puis réédité aux éditions des Syrtes, est un texte d'une fraîcheur extraordinaire. Ma Mère et la musique et Le Diable complètent ce premier contact. Pour le lecteur français, ces textes sont une porte d'entrée idéale : on retrouve une grande écrivaine en mode mémoires, avec une langue plus discursive que dans ses poèmes, mais toujours d'une intensité remarquable.
Deuxième étape : l'anthologie poétique. Le volume Insomnie et autres poèmes, traduit par Henri Abril, dans la collection Poésie/Gallimard, est l'édition de référence pour débuter en poésie tsvetaevïenne. Format bilingue, traductions soignees, choix représentatif des grandes périodes. C'est l'édition que je recommande à mes étudiants en première année.
Troisième étape : les longs poèmes Le Poème de la montagne et Le Poème de la fin. Ces deux poèmes écrits en 1924 à Prague, qui racontent la passion brûlante avec Konstantin Rodzevitch, comptent parmi les plus beaux poèmes amoureux de la langue russe. Ils existent en édition bilingue chez L'Âge d'Homme, dans une traduction d'Éve Malleret. C'est là qu'on saisit pleinement la voix de Tsvetaeva, sa capacité à tenir un long souffle dramatique sur plusieurs centaines de vers.
Quatrième étape : la Correspondance à trois avec Pasternak et Rilke (Gallimard, 1983), monument absolu de la littérature européenne du XXe siècle. C'est exigeant, c'est exalté, c'est parfois excessif : c'est de la littérature au plus haut niveau. On peut compléter par la correspondance avec Anna Tesková, beaucoup plus quotidienne, qui donne à voir la réalité matérielle de Tsvetaeva en exil.
En accompagnement biographique, je recommande le volume de Henri Troyat, Marina Tsvetaeva. L'éternelle insurgée (Grasset, 2001), qui reste une bonne biographie grand public, et l'étude de Véronique Lossky, Marina Tsvetaeva. Un itinéraire poétique, plus universitaire mais d'une grande clarté. Pour qui lit l'anglais, la biographie de Lily Feiler, Marina Tsvetaeva, the Double Beat of Heaven and Hell (1994), est considérée comme la référence internationale.
Questions rapides : les idées reçues
Pour clore l'entretien, nous avons soumis à Sophie Marchand quelques affirmations courantes au sujet de Marina Tsvetaeva. Vrai ou faux ?
À la fin de sa vie, Marina Tsvetaeva était dans une misère matérielle absolue. Évacuée à Elabouga sans logement stable, sans travail, sans publications possibles — ses textes étaient interdits en URSS —, sans nouvelles ni de son mari ni de sa fille emprisonnés, elle a tenté sans succès d'obtenir un travail de plongeuse à la cantine de l'Union des écrivains. Le mot « misère » n'est pas littéraire : il décrit la réalité de ses derniers mois.
Elle est, comme toute grande poésie, intraduisible si on entend par là restituer sans perte la musique du texte original. Mais des traducteurs comme Henri Abril, Éve Malleret ou Véronique Lossky ont prouvé qu'on pouvait faire passer en français l'essentiel de la voix tsvetaevïenne : le rythme, l'intensité, l'invention syntaxique, l'émotion. Ce qu'on perd, c'est la sonorité pure du russe ; ce qu'on gagne, c'est l'accès à un génie qui resterait sinon fermé.
Tsvetaeva et Pasternak ont entretenu une amitié poétique passionnelle de 1922 à 1935, presque entièrement épistolaire. Ils ne se sont vus qu'une fois, en juin 1935 lors du Congrès pour la défense de la culture à Paris — rencontre qu'elle a vécue comme un échec. Mais leur correspondance, comparable à celle de Rilke et Tsvetaeva, est l'une des plus intenses de la littérature russe. Elle est traduite en français aux éditions Gallimard.
Marina Tsvetaeva parlait et lisait excellement le français dès l'enfance, mais elle a presque tout écrit en russe. Quelques exceptions : elle a traduit Pouchkine en français, des poèmes de Charles Baudelaire en russe, et a tenté quelques poèmes en français qui sont restés mineurs dans son œuvre. Elle était profondément russophone par vocation et par souffle : c'est dans le russe qu'elle déployait son génie.
Réduire Tsvetaeva à un étiquette politique est trompeur. Elle a écrit en 1921-1922 le cycle Le Camp des cygnes, hommage aux officiers blancs — dont son mari — et à leur sacrifice. Mais elle n'a jamais milité pour la restauration des Romanov, n'était pas réactionnaire au sens politique, et a critiqué aussi bien les bolcheviques que la frange réactionnaire de l'émigration. Sa position est celle d'une poétesse fidèle à ses morts et à sa langue, pas celle d'une militante d'un camp.
Ariadna (Alia) Efron a été arrêtée en août 1939 à vingt-six ans, condamnée à huit ans de camp puis à l'exil à Touroukhansk. Elle est libérée en 1955, totalement réhabilitée en 1956. Elle a vécu jusqu'en 1975, consacrant les vingt dernières années de sa vie à la mémoire de sa mère : réunion des manuscrits, copies, éditions critiques, mémoires personnels. Sa propre vie a été brisée par le Goulag, mais elle a survécu et a permis la résurrection de l'œuvre maternelle.
Les trois choses à retenir
En guise de conclusion, nous avons demandé à Sophie Marchand de résumer ce qu'un lecteur devrait absolument retenir de Marina Tsvetaeva. Voici ses trois points clés.
1. Tsvetaeva est l'un des plus grands poètes russes du XXe siècle. Au même niveau qu'Akhmatova, que Mandelstam, que Pasternak. Si l'histoire littéraire francophone l'a longtemps marginalisée, c'est par accident — la difficulté de traduction, l'absence de relais médiatique — plus que par jugement. Lorsqu'on l'aborde sérieusement, on découvre une voix d'une originalité et d'une intensité rares, qui ne ressemble à aucune autre. Brodsky tenait Tsvetaeva pour la plus grande poétesse russe du XXe siècle, supérieure à Akhmatova par l'invention formelle : ce jugement mérite d'être médité en France où le rapport est inverse.
2. L'exil parisien est central, ne pas l'oublier. Marina Tsvetaeva a vécu quatorze ans en région parisienne — Meudon, Clamart, Vanves — entre 1925 et 1939. Cette période est la plus longue de sa vie d'adulte. Elle y a écrit certaines de ses plus belles proses (Mon Pouchkine, les mémoires d'enfance), une partie de sa poésie majeure, ses essais critiques. Elle a vécu en marge du Paris littéraire, mais cette marge est devenue, rétrospectivement, un haut lieu de la poésie russe. Pour le lecteur français, c'est une raison supplémentaire de la lire : elle écrivait dans nos rues, dans nos jardins, dans nos cuisines.
3. Sa poésie demande un effort, mais l'effort est payé. Tsvetaeva n'est pas un poète de salon, ni un poète de première lecture. Sa langue est dense, ses tirets cisaillent la phrase, ses cycles poétiques exigent qu'on les fréquente plus d'une fois. Mais pour qui accepte de ralentir, de relire, d'apprendre à entendre cette voix, la récompense est immense. On ne lit pas Tsvetaeva, on l'apprend — comme on apprend une musique. Elle accompagne ensuite une vie de lecteur. C'est l'un des plus beaux apprentissages que la poésie russe du XXe siècle puisse offrir.
Questions fréquentes
Qui était Marina Tsvetaeva ?
Marina Ivanovna Tsvetaeva (1892-1941) est l'une des plus grandes voix de la poésie russe du XXe siècle, figure majeure de l'Âge d'argent aux côtés d'Anna Akhmatova, Ossip Mandelstam et Boris Pasternak. Née à Moscou dans une famille de l'intelligentsia cultivée — son père était fondateur du musée des Beaux-Arts Pouchkine — elle publie dès l'âge de dix-huit ans. Après la révolution de 1917, elle vit l'exil à Berlin, à Prague, puis à Paris de 1925 à 1939. Elle rentre en URSS en 1939, où elle se suicide à Elabouga le 31 août 1941.
Quelles sont les œuvres principales de Marina Tsvetaeva ?
Tsvetaeva a laissé une œuvre considérable composée de poésie lyrique, de longs poèmes narratifs, de prose autobiographique, de récits, d'essais et d'une correspondance abondante. Parmi ses recueils essentiels : Album du soir (1910), Verstes (1922), Le Métier (1923), Après la Russie (1928, écrit en exil). Ses longs poèmes les plus célèbres sont Le Poème de la montagne (1924), Le Poème de la fin (1924) et La Tentative de chambre (1926). En prose, Mon Pouchkine (1937) et les essais sur Pasternak, Rilke et la poétique restent des références incontournables.
Pourquoi Marina Tsvetaeva a-t-elle été oubliée en URSS pendant des décennies ?
Tsvetaeva a été interdite de publication en URSS dès son retour en 1939 et son œuvre a été pratiquement enfermée dans l'oubli officiel jusque dans les années 1960. Son mari Sergueï Efron, agent du NKVD à l'étranger, a été arrêté et fusillé. Sa fille Ariadna a connu le Goulag pendant seize ans. Tsvetaeva elle-même, suicidée en 1941, n'a pas existé pour le public soviétique avant le dégel khrouchtchévien. Ce sont les éditions tamizdat à l'étranger, puis la samizdat soviétique, qui ont préservé son œuvre. Sa réhabilitation officielle ne s'est faite qu'après 1956.
Où Marina Tsvetaeva a-t-elle vécu à Paris ?
Tsvetaeva s'installe à Paris en novembre 1925 et y vit jusqu'au départ pour l'URSS en juin 1939. Elle réside successivement dans plusieurs banlieues populaires : Bellevue, Meudon (rue Jeanne d'Arc, puis avenue Jeanne d'Arc), Clamart (avenue Jean-Baptiste Clément), Vanves, et brièvement Issy-les-Moulineaux. Elle ne vit jamais dans Paris intra-muros faute de moyens. Toute sa vie parisienne est marquée par une grande pauvreté : elle élève deux enfants, Ariadna née en 1912 et Gueorgui dit Mour né en 1925, dans des appartements modestes et insalubres.
Comment commencer à lire Marina Tsvetaeva en français ?
Pour un premier contact avec Tsvetaeva, on peut commencer par sa prose autobiographique, plus accessible que sa poésie : Mon Pouchkine, Le Diable, Ma Mère et la musique, parus en français aux éditions Clémence Hiver puis aux éditions des Syrtes. Pour la poésie, l'anthologie bilingue Insomnie et autres poèmes (Gallimard, collection Poésie/Gallimard) traduite par Henri Abril offre une porte d'entrée idéale. Les longs poèmes Le Poème de la montagne et Le Poème de la fin existent en édition bilingue chez L'Âge d'Homme. Enfin, la correspondance avec Pasternak et Rilke, parue chez Gallimard en 1983, est une lecture bouleversante.
Marina Tsvetaeva est-elle enterrée en France ?
Non, Marina Tsvetaeva est enterrée en Russie, à Elabouga, dans la République autonome du Tatarstan. Elle s'y est suicidée par pendaison le 31 août 1941, dans la maison où elle avait été évacuée pendant la guerre. L'emplacement précis de sa tombe au cimetière d'Elabouga reste incertain : la sépulture initiale n'a pas été marquée. Une croix commémorative a été dressée en 1960 à un emplacement supposé, devenu lieu de pèlerinage. Sa fille Ariadna et sa sœur Anastasia, qui ont survécu, sont enterrées séparément à Tarussa, dans l'oblast de Kalouga, où Tsvetaeva avait passé ses étés d'enfance.