Ilya Répine (1844-1930) : le maître du réalisme russe — entretien avec un historien de l’art

Publié le 9 juin 2026 Entretien avec Dominique Lefebvre Temps de lecture : 18 minutes
Ilya Efimovitch Répine (1844-1930) est le peintre russe qui a le mieux capturé l’âme d’un peuple tout entier. Ses grandes compositions — Les Bateliers de la Volga, Les Cosaques zaporogues répondent au sultan, Ivan le Terrible et son fils Ivan — ont marqué des générations de Russes et révélé au monde entier la puissance du réalisme pictural russe du XIXe siècle. Pour éclairer la vie et l’œuvre de ce géant de la peinture, nous avons rencontré Dominique Lefebvre, historien de l’art spécialiste de l’école russe, auteur de Répine et ses contemporains (Éditions du Regard, 2019).
Portrait éditorial de Dominique Lefebvre, historien de l’art russe, Université Paris-IV Sorbonne
Dominique Lefebvre Historien de l’art spécialiste de l’École russe du XIXe siècle, Université Paris-IV Sorbonne. Vingt ans de recherches sur la peinture russe réaliste. Auteur de Répine et ses contemporains (Éditions du Regard, 2019).

Portrait éditorial composé à partir d’entretiens et de lectures

1. Qui était Ilya Répine et pourquoi est-il le maître du réalisme russe ?

Question Dominique Lefebvre, pouvez-vous nous présenter Ilya Répine ? Pourquoi le qualifie-t-on systématiquement de « maître du réalisme russe » ?
Dominique Lefebvre

Ilya Efimovitch Répine est né le 5 août 1844 à Tchouguev, une bourgade de l’actuelle Ukraine, alors province de l’Empire russe. Son père était un modeste soldat de réserve qui élevait des chevaux. Rien, dans ses origines, ne prédestinait ce fils d’une famille pauvre à devenir l’un des plus grands peintres de son siècle.

Ce qui fait de Répine le maître incontestable du réalisme russe, c’est la conjonction de trois qualités rares : une technique académique exceptionnelle acquise à l’Académie impériale des beaux-arts de Saint-Pétersbourg, un engagement moral et social profond envers son époque, et une capacité unique à saisir la vérité psychologique de ses sujets. Répine ne peignait pas des types sociaux abstraits — il peignait des individus, avec leurs contradictions, leur fatigue, leur dignité ou leur détresse.

Sa production couvre plus de soixante ans de création active, de la fin des années 1860 jusqu’à sa mort en 1930. Il a peint des serfs et des empereurs, des révolutionnaires et des popes, des compositeurs et des paysans. Cette amplitude sociale, combinée à sa maîtrise du grand format, en fait l’un des chroniqueurs visuels les plus complets de la Russie du XIXe siècle. Pour découvrir l’ensemble des grands peintres russes, son œuvre constitue le point de départ incontournable.

2. Quelle est l’histoire derrière « Les Bateliers de la Volga » ?

Question Les Bateliers de la Volga est son tableau le plus célèbre. Comment Répine en est-il venu à peindre ce sujet, et pourquoi ce tableau a-t-il eu un tel impact ?
Dominique Lefebvre

L’histoire de ce tableau commence en 1868, lors d’une promenade sur les berges de la Neva, à Saint-Pétersbourg. Le jeune Répine, alors étudiant de 24 ans, aperçoit une brigade de haleurs — des hommes qui tirent des embarcations à la corde le long du fleuve, sous un soleil implacable. Ce qu’il voit le choque profondément : ces corps épuisés, courbés sous l’effort, contrastent violemment avec les familles bourgeoises qui se promènent à quelques mètres de là.

Répine effectuera ensuite deux voyages sur la Volga — en 1870 et en 1872 — pour étudier ses futurs modèles. Il vivra parmi eux, dessinera leurs visages, écoutant leurs histoires. La toile finale, achevée en 1873, représente onze hommes tirant un chaland sur la Volga. Chaque figure est un portrait individuel : on distingue l’ancien pope déchu, le jeune idéaliste qui se redresse, le vieillard résigné. Répine refuse de réduire ses sujets à des vic­times anonymes.

L’impact fut immédiat et considérable. Exposée en 1873, la toile provoqua un débat intense dans la société russe : les conservateurs y voyaient une insulte à l’ordre social, les progressistes une acc­usation de l’exploitation des classes populaires. Le grand-duc Vladimir Alexandrovitch, frère du tsar, l’acheta pour sa collection privée, ce qui permit à l’œuvre d’échapper aux censures éventuelles. Aujourd’hui, cette toile de 131 × 281 cm trône au Musée Russe de Saint-Pétersbourg, ville qui conserve les plus beaux monuments de la Russie impériale.

Les Bateliers de la Volga d’Ilya Répine, huile sur toile, 1870-1873, style réalisme russe XIX° siècle
Les Bateliers de la Volga (1870-1873) : chef-d’œuvre du réalisme russe, aujourd’hui au Musée Russe de Saint-Pétersbourg

3. Répine et les Peredvijniki : quel rôle dans ce mouvement ?

Question Répine est souvent associé au mouvement des Peredvijniki. Pouvez-vous expliquer ce qu’étaient ces « Ambulants » et le rôle qu’y a joué Répine ?
Dominique Lefebvre

Les Peredvijniki — terme russe que l’on traduit par « Ambulants » ou « Itinérants » — ont été fondés en 1870 par un groupe de peintres en rupture avec l’Académie impériale des beaux-arts de Saint-Pétersbourg. En 1863, quatorze étudiants avaient refusé de peindre le sujet imposé pour le prix Rome — un épisode mythologique norvégien — jugeant ce choix totalement déconnecté de la réalité russe. Ils quittèrent l’Académie et fondèrent une coopérative artistique indépendante.

La grande innovation des Peredvijniki fut organisationnelle autant qu’esthétique : ils organisaient des expositions itinérantes dans tout l’Empire, de Moscou à Kharkov, de Kiev à Kazan, rendant l’art accessible à des publics qui n’avaient jamais accès aux musées de la capitale. Entre 1871 et 1923, ils tiendront quarante-huit expositions itinérantes. Pavel Tretiakov, le marchand moscovite dont la collection constitue aujourd’hui la galerie éponyme, sera leur principal mécène.

Répine rejoint le mouvement en 1878, après son retour de Paris où il a séjourné de 1873 à 1876. Il en devient rapidement l’une des figures les plus admiratives et les plus influentes. Contrairement à d’autres membres du groupe qui peignaient essentiellement des paysages ou des scènes de genre, Répine apporte la grande peinture d’histoire et de portrait à cette tradition réaliste et sociale.

4. Sa relation avec Tolstoï : comment les deux hommes se sont-ils influencés ?

Question Répine a entretenu une amitié profonde avec Léon Tolstoï. Comment cette relation a-t-elle marqué leur œuvre respective ?
Dominique Lefebvre

La rencontre entre Répine et Tolstoï, qui remonte aux années 1880, est l’une des plus belles amitiés de la vie intellectuelle russe de l’époque. Les deux hommes partageaient des préoccupations fondamentales : l’interrogation sur le rapport entre l’artiste et le peuple, la méfiance envers le formalisme pur, la conviction que l’art doit toucher les hommes ordinaires et pas seulement les élites cultivées.

Répine effectuera plusieurs séjours à Yasnaya Polyana, le domaine de Tolstoï, et peindra l’écrivain à de nombreuses reprises — on recense une vingtaine de portraits. Son célèbre Tolstoï labourant un champ (1887), qui montre le comte aristocrate en paysan, la charrue en main, est devenu une icône de la philosophie tolstoïenne de simplicité et de retour à la terre.

L’influence a été réciproque. La philosophie non-violente de Tolstoï, sa critique de la société impériale et de l’institution militaire, ont nourri les choix thématiques de Répine. À l’inverse, la capacité de Répine à saisir l’émotion sur les visages de gens ordinaires a confirmé Tolstoï dans sa conviction que l’art populaire était supérieur à l’art élitiste. Tolstoï citera Répine dans son essai Qu’est-ce que l’art ? (1898) comme exemple de peintre dont l’œuvre suscite une émotion universelle.

5. « Les Cosaques zaporogues répondent au sultan » — pourquoi ce tableau passionna-t-il la Russie ?

Question Ce tableau monumental a mis treize ans à être achevé. Qu’est-ce qui l’a rendu si populaire auprès du public russe ?
Dominique Lefebvre

C’est sans doute le tableau le plus joyeux de Répine — et l’un des plus mémorables de toute la peinture russe. L’histoire derrière est savoureuse : en 1676, le sultan ottoman Mehmed IV aurait envoyé une lettre aux Cosaques zaporogues (campés sur les bords du Dniepr, en Ukraine) leur ordonnant de se soumettre sous peine d’annihi­lation. Les Cosaques, réputés pour leur indépendance farouche, lui auraient répondu par une lettre d’une insulte élaborée, criblée de grossièretés inventives et signée « avec mepris pour toi ».

Répine entend cette anecdote en 1878 et décide d’en faire le sujet d’une grande composition. Il travaillera la toile de 1880 à 1891, réalisant d’innombrables esquisses et études de personnages. La toile finale (203 × 358 cm) représente une trentaine de Cosaques en train de rédiger leur réponse, saisis en plein éclat de rire. C’est une célébration de l’esprit de liberté, de la camaraderie et de l’insoumission.

Le succès au moment de l’exposition en 1891 fut considérable. Le tsar Alexandre III l’acheta immédiatement pour 35 000 roubles — la somme la plus élevée jamais payée pour une œuvre russe contemporaine à l’époque. Le tableau résonnait profondément dans une société russe qui rêvait de liberté et fantasmait sur les Cosaques comme symboles d’une liberté primitive perdue. Aujourd’hui exposé à la Galerie Tretiakov de Moscou, il reste l’un des chefs-d’œuvre les plus visités de la peinture russe.

6. Sa vie à Penaty : pourquoi cet « exil volontaire » en Finlande ?

Question Répine a passé les trente dernières années de sa vie à Penaty, en Finlande. Était-ce vraiment un exil ?
Dominique Lefebvre

Le terme « exil » est à la fois juste et inexact. Juste, parce qu’en 1917 la Finlande accède à l’indépendance et Répine se retrouve hors des frontières soviétiques sans l’avoir voulu. Inexact, parce que Répine avait acquis sa propriété de Kuokkala en 1900, bien avant la révolution, par choix délibéré.

Penaty — du nom des dieux lares romains gardiens du foyer — était pour lui un éden créatif. Il y avait conçu des salles de repas à tables tournantes pour éviter les hiérarchies sociales, organisé des dîners où chacun se servait lui-même, reçu des dizaines d’artistes et d’intellectuels. Sa compagne Natalya Nordman, militante végétarienne, régnait sur une maison d’où les serviteurs étaient bannis, chaque convive devant participer aux tâches domestiques.

Après 1917, le gouvernement soviétique sollicita à plusieurs reprises Répine pour qu’il rentre à Petrograd. On lui offrit des conditions matérielles exceptionnelles, des honneurs officiels. Il refusa. Non par hostilité idéologique déclarée, mais parce que sa liberté de peintre lui semblait incompatible avec les contraintes artistiques du nouveau régime. Il continua à peindre à Penaty jusqu’à ses dernières forces, mourut le 29 septembre 1930 à 86 ans, et fut enterré dans le parc de sa propriété. Pour explorer comment d’autres artistes russes ont été marqués par leur rapport à l’abstraction et à la liberté formelle, notre dossier complet sur Kandinsky, père de l’art abstrait, offre un passionnant contrepoint à l’engagement réaliste de Répine.

Atelier de peintre russe du XIX° siècle, toiles sur chevalet, palette et pinceaux, lumière naturelle de l’époque de Répine
L’atelier de Répine à Penaty, où il peignit jusqu’à ses dernières années (1900-1930)

7. Qu’est-ce qui différencie le réalisme de Répine du réalisme socialiste soviétique ?

Question Le régime soviétique a voulu récupérer l’héritage de Répine. Quelle est la différence entre son réalisme et le réalisme socialiste qu’il aurait inspiré ?
Dominique Lefebvre

La différence est fondamentale, et les soviétiques eux-mêmes étaient mal à l’aise avec Répine. Son réalisme est d’abord un réalisme critique — critique de toutes les classes sociales, y compris de celles dont le nouveau régime se réclamait. Ses tableaux sur le mouvement révolutionnaire — Le Refus de confession (1879-1885), L’Arrestation du propagandiste (1880-1892) — montrent des révolutionnaires cérantés avec une dignité tragique, pas des héros triomphants.

Le réalisme socialiste, codifié sous Jdanov dans les années 1930-1940, est un réalisme téléologique : il doit montrer l’histoire « dans son mouvement révolutionnaire », c’est-à-dire représenter non pas le réel tel qu’il est, mais tel qu’il « devrait être » selon l’idéologie du Parti. Cela donne ces images d’ouvriers radieux, de kolkhoziens triomphants et de chefs nimbés de lumière.

Répine, lui, peignait les échecs, les défaites, la lassitude. Son Ivan le Terrible qui vient d’assassiner son fils est une image du pouvoir dévoration, de la violence irrémédiable. Son œuvre est trop complexe, trop ambiguë, trop morale pour étre réduite à une propagande, quelle qu’elle soit.

8. Où peut-on voir les œuvres de Répine aujourd’hui ?

Question Pour les amateurs d’art français qui voudraient découvrir Répine, où trouver ses œuvres, en France et à l’étranger ?
Dominique Lefebvre

En France, la présence de Répine dans les collections publiques est malheureusement limitée. Le musée d’Orsay et le Louvre n’en possèdent pas de toiles majeures. On trouve quelques œuvres graphiques au musée des Beaux-Arts de Rouen, et des expositions temporaires régulièrement dans les institutions culturelles parisiennes. Pour découvrir les peintres russes classiques, le site art-russe.com offre également une documentation précieuse sur la peinture russe du XIXe siècle accessible en ligne.

Pour voir les chef-d’œuvres dans leur intégralité, il faut se rendre à Saint-Pétersbourg et à Moscou. Le Musée Russe de Saint-Pétersbourg conserve Les Bateliers de la Volga, Les Cosaques écrivant une lettre au sultan (version de 1880, distincte de celle de la Tretiakov), le monumental Séance du Conseil d’État (1903) et de nombreux portraits. La Galerie Tretiakov à Moscou possède la collection la plus complète : Ivan le Terrible et son fils Ivan, Les Cosaques zaporogues, Le Refus de confession, Tolstoï labourant, et des dizaines d’autres toiles.

Le musée de Penaty, à Repino (ancienne Kuokkala), à une trentaine de kilomètres de Saint-Pétersbourg, est également incontournable. On y visite l’atelier de l’artiste, sa maison et son jardin, où il est enterré. C’est l’un des lieux les plus émouvants de la Russie culturelle — au même titre que le cimetière Novodevitchi de Moscou, qui rassemble des centaines de figures illustres de la vie artistique et intellectuelle russe, même si Répine lui-même n’y est pas inhumé.

9. Vrai ou faux sur Ilya Répine

Question Quelques questions rapides pour démonter des idées reçues sur Répine ?
Répine était russe — Vrai ou faux ?

Nuancé. Répine est né à Tchouguev, aujourd’hui en Ukraine, et se considérait lui-même russe dans le sens de l’Empire russe. La question de son « nationalité » ukrainienne ou russe fait l’objet de débats à la fois historiographiques et politiques contemporains. Il a travaillé et vécu principalement à Saint-Pétersbourg et Moscou.

Répine a étudié à Paris — Vrai ou faux ?

Vrai. Entre 1873 et 1876, Répine séjourna à Paris grâce à une bourse de l’Académie impériale. Il y découvrit le mouvement impressionniste, rencontra Cézanne et Monet, visita les Salons, et étudia la technique des maîtres anciens au Louvre. Cette expérience influencéa sa palette et sa facture sans le convertir à l’impressionnisme.

Son tableau « Ivan le Terrible tuant son fils » a été vandalisé — Vrai ou faux ?

Vrai, à deux reprises. Une première fois en 1913, par un iconoclaste religieux qui tailladait la toile au couteau. Une seconde fois en 2018, à la Galerie Tretiakov de Moscou, par un visiteur qui l’endommage avec un poteau métallique. La restauration après la seconde attaque a nécessité plusieurs années de travail.

Répine était végétarien — Vrai ou faux ?

Partiellement vrai. Sa compagne Natalya Nordman était végétarienne convaincue et influencéa les habitudes alimentaires de Penaty. Répine lui-même adhérait à une alimentation simplifiée, dans l’esprit tolstoïen de retour à la nature.

Répine est mort appauvri — Vrai ou faux ?

Faux. Répine mourut à Penaty dans des conditions matérielles convenables, entouré de ses proches. Ses œuvres s’étaient vendues à des prix élevés de son vivant et la propriété de Penaty lui appartenait. C’est la séparation d’avec sa patrie et l’impossibilité de revoir ses œuvres principales qui constituaient sa véritable pauvreté.

10. Conclusion — Les 3 choses à retenir sur Répine

Question En conclusion, Dominique Lefebvre, quelles sont selon vous les trois choses essentielles à retenir sur l’œuvre et l’héritage d’Ilya Répine ?
Dominique Lefebvre

Premièrement, la puissance narrative de son œuvre. Répine est l’un des rares peintres de l’histoire qui réussit à raconter des histoires complexes sans recourir à des légendes ou des textes d’accompagnement. Chaque toile est un roman visuel où les visages, les gestes et les drapés suffisent à faire comprendre tout un contexte social et historique. C’est un don extraordinairement rare.

Deuxièmement, son engagement moral sans compromis. Répine n’a jamais peint pour plaire. Il a déplu au tsar, aux critiques officiels, aux révolutionnaires, aux conservateurs. Sa seule boussole était la vérité psychologique et sociale telle qu’il l’observait. Cette intégrité artistique absolue est aussi une leçon de vie.

Troisièmement, son universalité au-delà des frontières russes. Quand on regarde Les Bateliers de la Volga, on ne voit pas seulement des Russes du XIXe siècle — on voit l’universel de l’exploitation humaine et de la dignité résistante. C’est pourquoi Répine parle encore aujourd’hui à des spectateurs du monde entier qui n’ont jamais été en Russie et ne savent rien de l’Empire tsariste.

Questions fréquentes sur Ilya Répine

Pourquoi Ilya Répine est-il considéré comme le maître du réalisme russe ?

Ilya Répine (1844-1930) est considéré comme le maître du réalisme russe pour sa capacité exceptionnelle à représenter la société russe dans toute sa complexité sociale, de ses tableaux sur les classes populaires (« Les Bateliers de la Volga ») à ses grandes compositions historiques (« Les Cosaques zaporogues », « Ivan le Terrible et son fils Ivan »). Sa technique académique virtuose et son engagement moral profond en font un témoin unique de la Russie du XIXe siècle.

Où peut-on voir les œuvres d’Ilya Répine en France ?

En France, les collections publiques conservent peu de toiles majeures de Répine. Pour voir ses chef-d’œuvres, il faut se rendre au Musée Russe de Saint-Pétersbourg (« Les Bateliers de la Volga ») ou à la Galerie Tretiakov de Moscou (« Les Cosaques zaporogues », « Ivan le Terrible et son fils Ivan »). Le musée de Penaty, près de Saint-Pétersbourg, conserve son atelier et sa propriété.

Qu’est-ce que le mouvement des Peredvijniki et quel rôle Répine y a-t-il joué ?

Les Peredvijniki (Ambulants ou Itinérants) sont un collectif d’artistes russes fondé en 1870 qui organisait des expositions itinérantes dans tout l’Empire russe, démocratisant l’accès à l’art. Répine rejoignit le mouvement en 1878 et en fut l’une des figures les plus influentes, apportant la grande peinture d’histoire et de portrait à cette tradition réaliste.

Quelle est l’histoire derrière le tableau « Les Bateliers de la Volga » ?

Répine conçoit ce projet en 1868 après avoir aperçu des haleurs sur la Neva. Il effectue deux voyages sur la Volga (1870, 1872) pour étudier ses modèles sur le vif. La toile finale (131 × 281 cm), achevée en 1873, représente onze hommes tirant un chaland sous un soleil implacable. Chaque figure est un portrait individuel d’une grande force expressive. Le tableau est aujourd’hui au Musée Russe de Saint-Pétersbourg.

Pourquoi Répine s’est-il installé en Finlande à la fin de sa vie ?

Répine acquit sa propriété de Kuokkala (Finlande) en 1900 par choix personnel. Après la révolution de 1917, la Finlande accéda à l’indépendance et Répine se retrouva hors des frontières soviétiques. Il refusa les invitations répétées du régime soviétique à rentrer, préférant la liberté de création de son atelier de Penaty, où il mourut en 1930 à l’âge de 86 ans.