Publié le 28 juin 2026 Entretien · Histoire des sciences

L'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg : entretien avec un historien

Prof. Jean-Pierre Morin
Directeur de recherche CNRS, historien des sciences
Spécialiste de la Russie impériale et des échanges scientifiques franco-russes, Paris
25 ans de recherche sur l'Académie Impériale des Sciences de Saint-Pétersbourg.
Prof. Jean-Pierre Morin, historien des sciences, salle académique avec globes et cartes anciennes
Prof. Jean-Pierre Morin, directeur de recherche CNRS, spécialiste de l'histoire des sciences russo-européennes.

Q1 : Comment Pierre le Grand a-t-il eu l'idée de fonder l'Académie des Sciences ? Quel était son modèle ?

Pierre le Grand, visionnaire et réformateur, cherchait à moderniser la Russie en s'inspirant des modèles occidentaux. Lors de ses voyages en Europe, il fut particulièrement impressionné par les institutions scientifiques telles que l'Académie royale des sciences de Paris fondée par Colbert sous Louis XIV. Son ambition était de créer en Russie une institution similaire qui rassemblerait les esprits les plus brillants pour stimuler la recherche scientifique et le progrès technologique. En 1724, il fonde l'Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg, un projet qui symbolise son désir d'aligner la Russie sur les grandes puissances de son temps. Ce choix n'était pas seulement stratégique mais également culturel, car Pierre voulait que la Russie s'affirme sur la scène intellectuelle internationale. L'Académie devint un centre de rayonnement scientifique et culturel, contribuant à la transformation de Saint-Pétersbourg en une capitale européenne de la science et des arts.

Q2 : Pourquoi a-t-il fait appel à tant de savants étrangers au début (Euler, Bernoulli) ?

Pierre le Grand comprenait que la Russie manquait de tradition scientifique établie et de savants formés localement. Pour pallier ce manque, il fit appel à des savants étrangers renommés, notamment des Suisses et des Allemands, tels que Leonhard Euler et les frères Bernoulli. Ces savants apportaient non seulement leur expertise mais aussi des méthodes scientifiques modernes qui firent rapidement progresser la recherche en Russie. Cela permit à l'Académie de s'établir rapidement comme un centre scientifique de premier plan. Le choix d'inviter des étrangers était également un moyen de promouvoir un échange culturel et scientifique fécond, une tradition qui se poursuit encore aujourd'hui. Pour en savoir plus sur la culture et les arts russes accessibles en France, consultez la culture et les arts russes accessibles en France sur E-Zabava.

Q3 : Quelle a été la place des savants français dans l'Académie de Saint-Pétersbourg ?

Les savants français ont joué un rôle crucial dans l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg, notamment au XVIIIe siècle. La France, à l'époque, était à la pointe de la recherche scientifique, et les échanges intellectuels entre la France et la Russie étaient particulièrement intenses. Des figures telles que Joseph-Nicolas Delisle, un astronome français, furent invitées à Saint-Pétersbourg et contribuèrent significativement aux travaux de l'Académie. Ces savants apportaient non seulement leur savoir-faire, mais aussi un réseau de contacts qui élargissait l'influence de l'Académie au-delà des frontières russes. Les échanges franco-russes ont enrichi les deux nations, renforçant l'Académie en tant qu'institution de prestige. Ces interactions ont également permis l'adoption de nouvelles idées et technologies en Russie, contribuant à son développement scientifique rapide. Pour explorer les personnages qui ont marqué la pensée franco-russe, découvrez aussi les grands écrivains russes qui participaient aux mêmes cercles intellectuels.

Q4 : Comment l'Académie a-t-elle évolué sous Catherine II — la grande réorganisation ?

Sous Catherine II, l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg connut une période de réorganisation et d'expansion. Catherine, grande admiratrice des Lumières, souhaitait renforcer le rôle de l'Académie en tant que centre d'excellence scientifique. Elle introduisit des réformes visant à améliorer la structure administrative et à diversifier les domaines de recherche. C'est sous son règne que l'Académie élargit ses activités pour inclure des disciplines comme l'histoire, la philologie, et l'économie, en plus des sciences naturelles. Catherine encouragea également la publication de travaux scientifiques et favorisa l'échange d'idées avec d'autres institutions européennes. Cette période de réformes permit à l'Académie de se consolider et de s'affirmer comme une institution scientifique de premier ordre, attirant des chercheurs du monde entier.

Q5 : Le rôle de l'Académie dans l'exploration de la Sibérie et de l'Asie centrale

L'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg joua un rôle essentiel dans l'exploration scientifique de la Sibérie et de l'Asie centrale. Dès sa création, elle organisa et finança des expéditions pour cartographier ces vastes territoires peu connus, recueillir des données géographiques, ethnographiques et biologiques. Ces expéditions permirent de découvrir de nouvelles espèces animales et végétales, et de mieux comprendre la géologie et le climat de ces régions. Les travaux réalisés ont enrichi les collections des musées scientifiques russes et contribué à l'accumulation de connaissances indispensables pour le développement économique et stratégique de la Russie. Pour en savoir plus sur l'architecture de Saint-Pétersbourg, lisez notre article sur les architectes de Saint-Pétersbourg.

Q6 : Lomonossov, le premier grand savant russe né en Russie — qui était-il ?

Mikhaïl Lomonossov est souvent considéré comme le premier grand savant russe né en Russie. Il était un véritable polymathe, excelling dans des domaines aussi divers que la chimie, la physique, la géographie, et même la poésie. Né en 1711 dans une famille de pêcheurs, Lomonossov parvint à intégrer l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg grâce à son intellect exceptionnel. Il est surtout connu pour ses contributions à la chimie et pour avoir formulé la loi de conservation de la matière, bien avant que Lavoisier ne la popularise en France. Ses travaux ont établi une base solide pour le développement des sciences en Russie. Lomonossov est également connu pour avoir plaidé en faveur de l'éducation en langue russe et pour la promotion de la culture scientifique russe. Son héritage est immense, et il est souvent célébré comme le père de la science russe.

Q7 : Les relations franco-russes dans les sciences aux XVIIIe-XIXe siècles — comment fonctionnaient-elles ?

Les relations scientifiques franco-russes aux XVIIIe et XIXe siècles étaient caractérisées par un échange dynamique d'idées, de personnes et de technologies. La France, à l'apogée des Lumières, attirait de nombreux intellectuels russes, qui rapportaient avec eux des idées nouvelles. De même, des savants français étaient régulièrement invités à travailler en Russie, contribuant à l'essor de l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg. Ces échanges étaient facilités par une diplomatie active et des accords bilatéraux qui encourageaient la collaboration scientifique. Les travaux conjoints portaient sur divers domaines, de l'astronomie à la chimie, en passant par la médecine. Ces relations ont profondément influencé le développement scientifique en Russie, lui permettant d'intégrer rapidement des avancées technologiques occidentales. Pour découvrir les monuments qui témoignent de cette époque, explorez les monuments de Saint-Pétersbourg.

Q8 : L'Académie et la révolution bolchevique de 1917 — comment a-t-elle survécu ?

La révolution bolchevique de 1917 fut une période de bouleversements pour l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg, comme pour de nombreuses institutions en Russie. Malgré le chaos politique et social, l'Académie parvint à conserver une partie de son indépendance et de son influence grâce à l'engagement de ses membres qui comprenaient l'importance de la science pour l'avenir du pays. Les nouvelles autorités bolcheviques, conscientes du potentiel de la science pour le développement de la nation, décidèrent de soutenir l'Académie, bien qu'avec des objectifs idéologiques transformés. Cela permit à l'Académie de continuer ses recherches et de jouer un rôle clé dans l'éducation scientifique et la modernisation technologique de la Russie soviétique.

Q9 : Qu'est devenue l'Académie des Sciences sous le régime soviétique et aujourd'hui ?

Sous le régime soviétique, l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg fut intégrée dans le système centralisé de recherche scientifique de l'Union soviétique. Elle fut renommée Académie des Sciences de l'URSS et devint une institution phare pour le développement scientifique du pays. Les scientifiques de l'Académie firent des contributions significatives dans divers domaines, allant de la physique nucléaire à l'espace. Aujourd'hui, connue sous le nom de l'Académie des Sciences de Russie, elle continue de jouer un rôle prépondérant dans la recherche et l'innovation. Elle est reconnue internationalement pour ses travaux de pointe et maintient des collaborations avec des institutions du monde entier. Pour approfondir votre compréhension de la pensée russe, consultez notre article sur Soloviev et la pensée russe.

Q10 : Un message pour les lecteurs qui souhaitent découvrir l'histoire scientifique franco-russe ?

Je vous encourage vivement à explorer cette riche histoire d'échanges scientifiques franco-russes. Elle est un témoignage de la manière dont la science peut transcender les frontières et les cultures pour créer un patrimoine commun. Que vous soyez étudiant, chercheur, ou simple curieux, n'hésitez pas à plonger dans cette aventure intellectuelle fascinante. Les archives, musées, et bibliothèques regorgent de trésors qui attendent d'être découverts. Comprendre cette histoire, c'est aussi mieux appréhender les défis et les opportunités de la collaboration scientifique dans notre monde contemporain. Je suis convaincu que vous y trouverez de nombreuses inspirations pour le futur.

Sur les rives majestueuses de la Neva, face au somptueux Palais Menchikov, se dresse le bâtiment historique de l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg. Conçu par l'architecte Giacomo Quarenghi à la fin du XVIIIe siècle, cet édifice est bien plus qu'un simple lieu de travail pour les scientifiques russes. Il est un témoin silencieux des siècles de découvertes et d'innovations qui ont façonné notre compréhension du monde. L'atmosphère qui règne ici est empreinte de solennité et de respect pour les esprits brillants qui ont franchi ses portes. Chaque salle, chaque couloir, raconte l’histoire d'une quête inlassable de savoir et de vérité. L'Académie est un véritable lieu de mémoire, où les visiteurs peuvent presque sentir la présence des grands scientifiques du passé, tels qu'Euler ou Bernoulli. La riche histoire scientifique de cette institution résonne à travers les murs, rappelant à chacun l'importance de la science et de ses contributions à la société.

Q11 "Les grandes découvertes faites à l'Académie de Saint-Pétersbourg au XVIIIe siècle"

Journalist: Quels ont été les moments forts de l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg au XVIIIe siècle en termes de découvertes scientifiques?

Expert: L'Académie a été le théâtre de nombreuses découvertes marquantes. Leonhard Euler, par exemple, a révolutionné la théorie des graphes avec son étude des ponts de Königsberg en 1736, qui est considérée comme l'une des premières contributions significatives en théorie des graphes. Daniel Bernoulli, quant à lui, a développé la loi des gaz, qui est une pierre angulaire de la thermodynamique moderne. Johann Georg Gmelin a exploré les vastes territoires sibériens et a enrichi notre compréhension de la botanique avec ses observations détaillées. Enfin, Peter Simon Pallas a apporté des contributions significatives à la géographie physique, notamment avec ses travaux sur les formations géologiques de la Russie. Chacune de ces découvertes a non seulement enrichi le domaine scientifique de son époque, mais continue d’influencer les recherches contemporaines.

Q12 "L'Académie de Saint-Pétersbourg et la langue française — une institution bilingue ?"

Journalist: Comment la langue française a-t-elle influencé les travaux de l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg?

Expert: L'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg a toujours été un lieu d'échanges internationaux, et la langue française a joué un rôle clé dans cette dynamique. À ses débuts, les compte-rendus scientifiques étaient principalement publiés en latin, mais la langue française a rapidement gagné en importance. Les correspondances entre les académiciens russes et leurs homologues français étaient courantes, reflétant une coopération scientifique étroite. L'influence de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert sur les scientifiques russes a été particulièrement notable, illustrant l'interaction intellectuelle entre la Russie et la France. Cette ouverture linguistique a permis à l'Académie de diffuser ses découvertes plus largement en Europe et d'attirer des talents internationaux, contribuant ainsi à son rayonnement et à sa réputation mondiale.

Q13 "Visiter l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg aujourd'hui"

Journalist: Que peut-on découvrir en visitant l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg aujourd'hui?

Expert: Une visite de l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg offre une plongée fascinante dans l'histoire de la science. Le bâtiment historique, situé sur les rives de la Neva, est un exemple éclatant de l'architecture néoclassique de Giacomo Quarenghi. Les visiteurs peuvent explorer les archives et la bibliothèque historique, qui regorgent de manuscrits et de documents précieux relatifs aux grandes découvertes scientifiques. Des expositions temporaires et permanentes permettent de découvrir les contributions des académiciens à la science. En déambulant dans les couloirs, on peut presque ressentir la présence des grands esprits qui ont travaillé ici. L'Académie continue d'être un centre actif de recherche, accueillant des scientifiques du monde entier, et reste un symbole vivant de l'héritage scientifique de la Russie.