Saltykov-Chtchedrine : biographie du grand satiriste russe

Mikhaïl Ievgrafovitch Saltykov, dit Chtchedrine (1826-1889), est le plus grand satiriste de la littérature russe. Fonctionnaire provincial devenu écrivain de combat, il a peint avec une ironie féroce les travers de la Russie tsariste — corruption, servilité, bêtise bureaucratique — dans des oeuvres restées d'une actualité saisissante. Son roman Les Messieurs Golovliov est considéré comme un chef-d'oeuvre de la prose russe.

Sommaire

Portrait de Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine, écrivain satiriste russe
Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine (1826-1889), maître de la satire russe

Jeunesse et premières oeuvres

Mikhaïl Ievgrafovitch Saltykov (Михаил Евграфович Салтыков-Щедрин) naît le 27 janvier 1826 à Spas-Ougol, dans la province de Tver, au sein d'une famille de la noblesse terrienne. L'enfance du futur satiriste est marquée par le spectacle quotidien du servage : les relations brutales entre ses parents propriétaires et leurs serfs nourriront toute son oeuvre.

Élève brillant, il entre au lycée Tsarskoselski (le lycée de Pouchkine) puis s'immerge dans les cercles littéraires de Saint-Pétersbourg, fréquentant le groupe du critique Petrachevski. Ses premières nouvelles, teintées d'utopisme social, attirent l'attention de la censure. En 1848, sa nouvelle Une affaire embrouillée lui vaut d'être exilé dans la province de Viatka par l'empereur Nicolas Ier.

L'exil à Viatka

Saltykov passe sept ans à Viatka (1848-1855) comme fonctionnaire provincial. Loin d'être une punition stérile, cet exil devient une école de la vie. Nommé conseiller au gouvernement local, il observe de l'intérieur les rouages absurdes de l'administration tsariste : la corruption endémique, l'incompétence des fonctionnaires, l'arbitraire des décisions.

Ces années nourrissent les Esquisses provinciales (1856-1857), publiées sous le pseudonyme de Chtchedrine dès son retour à Saint-Pétersbourg. Le succès est immédiat : la Russie se reconnaît dans ces tableaux cruels et drôles de la vie provinciale. Saltykov-Chtchedrine devient d'un seul coup l'un des écrivains les plus lus du pays, une voix indispensable de la littérature russe.

Page de titre des Esquisses provinciales de Saltykov-Chtchedrine
Les oeuvres de Saltykov-Chtchedrine, satiriste infatigable de la Russie tsariste

Le gouverneur satiriste

Paradoxe fascinant : Saltykov-Chtchedrine poursuit parallèlement une carrière de haut fonctionnaire et d'écrivain subversif. Nommé vice-gouverneur de Riazan (1858) puis de Tver (1860), il tente de lutter contre la corruption et de préparer l'abolition du servage. Mais ses efforts se heurtent à l'inertie du système.

En 1868, il quitte définitivement l'administration pour se consacrer à la littérature. Il prend la direction de la revue Les Annales de la Patrie (Отечественные записки), succédant à Nekrassov, et en fait pendant quatorze ans la tribune de la critique sociale la plus influente de Russie. Le pouvoir finira par interdire la revue en 1884.

Les grandes oeuvres

L'Histoire d'une ville (1869-1870) est une parodie géniale de l'histoire russe, relatant les mésaventures de la ville imaginaire de Gloupov (« Sotteville ») gouvernée par une succession de dirigeants tous plus incompétents les uns que les autres. Sous le masque de la bouffonnerie, Saltykov dénonce l'autocratie avec une audace qui laisse la censure désemparée.

Son chef-d'oeuvre, Les Messieurs Golovliov (1875-1880), est un roman sombre et puissant sur la décomposition d'une famille de propriétaires terriens. Le personnage de Ioudouchka (« le petit Judas »), hypocrite dévot qui ruine et tue lentement tous les siens sous couvert de piété, est l'une des créations les plus terrifiantes de la littérature russe. Ses Contes (1882-1886), fables politiques déguisées en histoires animalières, circulaient clandestinement et étaient connus de tout le pays.

Héritage et mémoire à Saint-Pétersbourg

Saltykov-Chtchedrine meurt le 10 mai 1889 à Saint-Pétersbourg, épuisé par la maladie et les luttes littéraires. Il est enterré au cimetière Volkovo, dans les célèbres « allées littéraires » où reposent également Tourgueniev, Bielinski et Dobroliobov. À Saint-Pétersbourg, une rue porte son nom et un monument lui est dédié.

L'héritage de Saltykov-Chtchedrine est immense. Ses formules sont passées dans la langue littéraire russe : « la sévérité des lois russes est atténuée par le fait qu'on n'est pas obligé de les appliquer » reste l'une des citations les plus répétées en Russie. Son influence se retrouve chez Tchekhov, Boulgakov et Zochtchenko.

« Si je m'endormais et me réveillais dans cent ans, et qu'on me demandait ce qui se passe en Russie, je répondrais : on boit et on vole. » — Saltykov-Chtchedrine
Monument à Saltykov-Chtchedrine à Saint-Pétersbourg
Monument à Saltykov-Chtchedrine à Saint-Pétersbourg

Questions fréquentes sur Saltykov-Chtchedrine

Pourquoi Saltykov-Chtchedrine est-il important dans la littérature russe ?

Saltykov-Chtchedrine est le plus grand satiriste de la littérature russe. Ses oeuvres dénoncent avec une ironie mordante la corruption de la bureaucratie tsariste, la stupidité des gouverneurs et la misère des paysans. Son roman Les Messieurs Golovliov est considéré comme l'un des plus grands romans russes du XIXe siècle.

Quelles sont les oeuvres principales de Saltykov-Chtchedrine ?

Ses oeuvres majeures comprennent : Les Esquisses provinciales (1856-1857), L'Histoire d'une ville (1869-1870), Les Messieurs Golovliov (1875-1880) et les Contes (1882-1886). Il a également dirigé la revue Les Annales de la Patrie pendant quatorze ans.

Où se trouve la tombe de Saltykov-Chtchedrine ?

Saltykov-Chtchedrine est enterré au cimetière Volkovo à Saint-Pétersbourg, dans les « allées littéraires » où reposent de nombreux écrivains russes dont Tourgueniev, Bielinski et Dobroliobov.