Ostrovski naquit dans le quartier de Zamoskvorétchié, sur la rive droite de la Moskova, au cœur du Moscou marchand. Son père, petit fonctionnaire devenu avocat, traitait les affaires commerciales des négociants du quartier. Le jeune Alexandre grandit ainsi au milieu du monde des marchands (kouptsy), avec ses codes d'honneur, ses moeurs patriarcales et son langage coloré — un univers qu'il porterait plus tard sur la scène.
Après le lycée, il entra à la faculté de droit de l'université de Moscou (1840), mais abandonna ses études au bout de trois ans, sans diplôme. Son père le plaça alors comme greffier au tribunal de commerce de Moscou, poste obscur mais décisif : pendant huit ans (1843-1851), Ostrovski observa de l'intérieur les querelles d'héritage, les faillites frauduleuses et les drames familiaux de la classe marchande. Ce fut sa véritable école de dramaturgie.
En 1847, Ostrovski lut publiquement sa première comédie, Les Siens s'arrangeront (Svoï lioudi — sotchtïomsia), devant un cercle d'écrivains moscovites. La pièce racontait la banqueroute volontaire d'un riche marchand qui tente de ruiner ses créanciers avec la complicité de son gendre. L'effet fut immédiat : Gogol lui-même, informé, aurait déclaré que le jeune auteur promètait de devenir un grand dramaturge.
Mais la pièce, jugée offensante pour la classe marchande, fut interdite par la censure en 1850. Ostrovski fut placé sous surveillance policière et perdit son poste au tribunal. L'interdiction dura douze ans — la pièce ne fut créée qu'en 1861. Ce scandale initial lança paradoxalement la carrière d'Ostrovski en attirant sur lui l'attention de toute la Russie littéraire.
Malgré la censure, Ostrovski continua d'écrire. À partir de 1853, ses pièces furent régulièrement créées au Maly Théâtre de Moscou, qui devint sa maison artistique. Pendant trente ans, il fournit au Maly un répertoire si abondant que le théâtre fut surnommé la « Maison d'Ostrovski ».
Ses quarante-sept pièces constituent un panorama complet de la société russe du XIXe siècle. Il peignit tour à tour les marchands de Zamoskvorétchié, les fonctionnaires provinciaux, les comédiens itinérants, les propriétaires terriens et les jeunes filles sans dot. Chaque milieu avait son langage, ses rites, ses drames — et Ostrovski les restituait avec une précision de sociologue et un talent d'écrivain.
Ses meilleures pièces mêlent le comique et le tragique, le réalisme social et la poésie. Il inventa une forme de drame spécifiquement russe, enracinée dans la vie quotidienne, sans les conventions artificielles du théâtre français alors dominant.
Parmi ses pièces les plus célébrées :
« Vous seul avez achevé l'édifice dont Griboiedov, Fonvizine et Gogol ont posé les fondations. » — Gontcharov à Ostrovski
Ostrovski ne se contenta pas d'écrire : il milita toute sa vie pour la réforme du théâtre russe. Il réclama l'abolition du monopole des théâtres impériaux, des droits d'auteur pour les dramaturges et une meilleure formation des acteurs. En 1865, il fonda le Cercle artistique de Moscou, premier club regroupant acteurs, écrivains et musiciens.
En 1886, quelques mois avant sa mort, il fut enfin nommé directeur artistique des théâtres impériaux de Moscou, reconnaissance tardive de son combat. Il mourut le 14 juin 1886 dans son domaine de Chtchelikovo, épuisé par le travail.
Son influence sur le théâtre russe est fondamentale. Tchekhov hérita de son goût pour les personnages ordinaires et les silences éloquents. Stanislavski forma ses acteurs sur les rôles d'Ostrovski. Aujourd'hui encore, ses pièces sont parmi les plus jouées en Russie, et la statue du dramaturge veille devant le Maly Théâtre, sur la place du Théâtre à Moscou.
Avant Ostrovski, le répertoire des théâtres russes était dominé par les traductions étrangères. Avec 47 pièces originales, il créa un répertoire national complet, peignant tous les milieux de la société russe.
L'Orage (Groza, 1859) est considérée comme son chef-d'œuvre. Cette tragédie d'une jeune femme étouffée par le conformisme inspira le célèbre article de Dobrolioubov et l'opéra Kát'a Kabanová de Janáček.
Le Maly Théâtre de Moscou est surnommé la « Maison d'Ostrovski » car il y créa la quasi-totalité de ses pièces. Une statue du dramaturge se dresse devant le théâtre. Le Maly continue de jouer ses œuvres aujourd'hui.
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