Né dans une famille de prêtres orthodoxes, le jeune Nikolaï grandit dans un milieu modeste mais cultivé. Son père, protopope de la ville, possédait une bibliothèque respectable. L'enfant se révéla un lecteur dévorant : à quatorze ans, il avait déjà tenu un journal de lectures comptant plusieurs milliers de titres.
En 1848, il entra au séminaire de Nijni Novgorod, où il se distingua par ses capacités intellectuelles mais aussi par un esprit critique précoce envers l'enseignement religieux. La mort de ses parents, à quelques mois d'intervalle en 1854, le plongea dans une crise profonde qui le détourna définitivement de la foi orthodoxe.
En 1853, Dobrolioubov quitta la province pour Saint-Pétersbourg, où il fut admis à l'Institut pédagogique central. Cet établissement formait les futurs enseignants de l'Empire et attirait de jeunes esprits réformistes. Dobrolioubov s'y politisa rapidement, lisant les philosophes matérialistes et rédigeant des textes clandestins contre l'autocratie.
C'est à l'Institut qu'il rencontra Nikolai Tchernychevski, de huit ans son aîné, qui devint son allié intellectuel. Les deux hommes partageaient la même vision : la littérature russe devait servir de miroir à la société et de levier pour la transformation sociale.
En 1856, à vingt ans seulement, Dobrolioubov commença à publier dans Le Contemporain (Sovremennik), la revue littéraire la plus influente de Russie, dirigée par le poète Nekrassov. Il y devint rapidement le principal critique, publia des dizaines d'articles et imposa un style nouveau : une critique littéraire à dimension sociale et politique.
La méthode de Dobrolioubov était radicalement originale. Il considérait les œuvres littéraires non pas comme des objets esthétiques autonomes, mais comme des documents sociaux. Les personnages romanesques révélaient les maladies de la société russe ; le critique devait diagnostiquer ces maladies et proposer des remèdes.
Sa collaboration avec Nekrassov et Tchernychevski fit du Sovremennik le foyer de la pensée radicale russe. Dostoïevski et Tourgueniev, qui publiaient aussi dans la revue, s'opposèrent violemment aux idées de Dobrolioubov, ce qui entraîna une rupture spectaculaire entre libéraux modérés et radicaux.
Deux articles assurèrent à Dobrolioubov une place durable dans l'histoire de la critique russe :
Qu'est-ce que l'oblomovisme ? (1859) est une analyse du roman Oblomov de Gontcharov. Dobrolioubov y identifie l'« oblomovisme » — la passivité, l'inertie, l'incapacité d'agir — comme la maladie de toute la noblesse russe, de la campagne aux salons de la capitale. Le personnage d'Oblomov, incapable de se lever de son divan, incarnait pour lui la paralysie d'une classe sociale entière.
Un rayon de lumiere dans le royaume des ténèbres (1860), consacré à la pièce L'Orage d'Ostrovski, analyse la révolte de l'heroïne Katerina comme un symbole de l'éveil de la conscience populaire. Katerina, qui préfère la mort à la soumission, représente pour Dobrolioubov le premier souffle d'une libération à venir.
« Le littérateur ne dirige pas la société, mais la société le dirige. » — Nikolaï Dobrolioubov
Dès 1860, la santé de Dobrolioubov se détériora gravement. Atteint de tuberculose, il partit en cure en Europe — Allemagne, France, Italie — sans trouver de guérison. Il rentra à Saint-Pétersbourg à l'automne 1861, épuisé.
Il mourut le 29 novembre 1861, à vingt-cinq ans. Il fut inhumé au cimetière Volkovo de Saint-Pétersbourg, dans le « coin littéraire » (Literatorskie Mostki), où reposent aussi Belinski, Tourgueniev et, plus tard, Nekrassov lui-même. La perspective Dobrolioubov (« prospect Dobrolioubova »), l'une des grandes artères de Saint-Pétersbourg, sur le côté Petrograd près de la forteresse Pierre-et-Paul, porte son nom.
Malgré une vie fulgurante, Dobrolioubov exerça une influence déterminante sur la pensée russe. Sa méthode de critique sociale inspira des générations d'intellectuels, de populistes et de révolutionnaires. Lénine le considérait comme l'un des précurseurs du mouvement libérateur russe.
Dans son célèbre article de 1859, Dobrolioubov analyse le personnage d'Oblomov de Gontcharov comme le symptôme d'une maladie sociale russe : la passivité, l'inertie et l'incapacité d'agir de la noblesse. L'oblomovisme désigne cette apathie qui paralyse toute une classe sociale.
Dobrolioubov mourut de tuberculose le 29 novembre 1861 à Saint-Pétersbourg, à l'âge de vingt-cinq ans. Malgré cette vie brève, il laissa une œuvre critique considérable qui influença profondément la littérature et la pensée russe.
Nekrassov, directeur de la revue Le Contemporain (Sovremennik), recruta Dobrolioubov en 1856 comme critique littéraire. Les deux hommes partageaient les mêmes idéaux progressistes. À la mort de Dobrolioubov, Nekrassov lui dédia un poème poignant.
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