Ancienne Kunstkamera – Le premier musée de Russie

La Kunstkamera (Кунсткамера), officiellement Musée d’anthropologie et d’ethnographie Pierre le Grand, est le plus ancien musée de Russie. Fondé en 1714 par Pierre Ier, ce cabinet de curiosités devenu institution scientifique majeure témoigne de la volonté du tsar de moderniser la Russie en l’ouvrant au savoir universel.

Les origines : Pierre le Grand et les cabinets de curiosités

L’histoire de la Kunstkamera est indissociable de celle de Pierre le Grand. Lors de sa Grande Ambassade en Europe occidentale (1697-1698), le tsar visita les cabinets de curiosités d’Amsterdam, de Leyde et de Londres. Fasciné par ces collections encyclopédiques mêlant spécimens naturels, objets ethnographiques et curiosités anatomiques, il décida de doter la Russie d’une institution similaire.

En 1714, Pierre Ier fit transférer sa collection personnelle de rarités de Moscou à Saint-Pétersbourg et la rendit accessible au public – une démarche révolutionnaire pour l’époque. Les visiteurs étaient même accueillis avec un verre de vodka ou de café, le tsar souhaitant encourager la fréquentation de ce lieu de savoir.

Parmi les acquisitions les plus célèbres figure la collection anatomique de Frederik Ruysch, médecin et anatomiste néerlandais, achetée par Pierre le Grand en 1717 pour la somme considérable de 30 000 florins. Cette collection de préparations anatomiques conservées dans le formol constitue encore aujourd’hui le fonds le plus étonnant du musée.

Le bâtiment baroque de l’île Vassilievski

Le bâtiment actuel de la Kunstkamera, situé sur le quai de l’Université (île Vassilievski), fut construit entre 1718 et 1734. La conception initiale revient à l’architecte allemand Georg Johann Mattarnovi, puis le chantier fut repris successivement par Nikolaus Friedrich Härbel, Gaetano Chiaveri et enfin Mikhaïl Zemtsov, qui achève l’édifice.

Le bâtiment se distingue par son style baroque pétersbourgeois, avec sa façade symétrique ornée de pilastres et sa tour centrale couronnée d’un globe armillaire. Cette tour, haute de 12 mètres, abritait à l’origine le Gottor Globe, un globe terrestre et planétarium mécanique de 3 mètres de diamètre offert par le duc de Holstein-Gottorp.

La légende rapporte que Pierre le Grand choisit personnellement l’emplacement du musée en remarquant un pin aux branches entrelacées d’une manière inhabituelle sur le quai – un « monstre » de la nature qui méritait d’être préservé.

L’incendie de 1747 et la reconstruction

Le 5 décembre 1747, un violent incendie ravagea la tour de la Kunstkamera, détruisant le Gottor Globe et une partie des collections. La bibliothèque de l’Académie des sciences, également hébergée dans le bâtiment, subit des pertes considérables.

La restauration fut longue. La tour ne fut pas reconstruite immédiatement et le bâtiment demeura sans elle pendant près de deux siècles. Ce n’est qu’en 1947-1948, à l’occasion du bicentenaire de l’incendie, que la tour fut reconstruite d’après les plans originaux, retrouvant son globe armillaire caractéristique. Un nouveau Gottor Globe, reconstruit à l’identique, fut également installé.

Les collections historiques

Les collections de l’ancienne Kunstkamera se répartissaient en plusieurs sections :

  • Le cabinet anatomique – Collection Ruysch, spécimens tératologiques, squelettes préparés
  • Le cabinet de minéralogie – Minéraux, fossiles, pierres précieuses
  • Le cabinet de zoologie – Animaux naturalisés, coquillages, insectes
  • Le cabinet ethnographique – Objets rapportés des expeditions russes en Sibérie, en Amérique du Nord et dans le Pacifique
  • La bibliothèque – Livres rares, manuscrits, instruments scientifiques

Aujourd’hui, le musée possède plus de deux millions de pièces, couvrant l’ethnographie de tous les continents. Les collections amérindiennes et océaniennes, issues des expéditions de Vitus Bering, James Cook et Ivan Krusenstern, sont parmi les plus riches au monde.

La Kunstkamera et l’Académie des sciences

Dès 1724, Pierre le Grand décida de rattacher la Kunstkamera à la toute nouvelle Académie impériale des sciences. Le bâtiment abrita à la fois les collections du musée, la bibliothèque de l’Académie, l’observatoire astronomique installé dans la tour, et les bureaux des premiers académiciens.

C’est ici que travaillèrent des savants illustres comme Mikhaïl Lomonossov et le mathématicien suisse Leonhard Euler. La Kunstkamera devint ainsi le berceau de la science russe moderne.

Au XIXe siècle, les collections devinrent trop volumineuses pour un seul bâtiment. Elles furent progressivement dispersées dans des musées spécialisés : le Musée zoologique, le Musée de minéralogie, le Musée botanique, etc. La Kunstkamera conserva les collections ethnographiques et anatomiques.

Informations pratiques

Nom officielMusée d’anthropologie et d’ethnographie Pierre le Grand (Kunstkamera)
Adresse3, quai de l’Université (Университетская наб., 3), Saint-Pétersbourg
MétroStation Admiraltieïskaïa (ligne 5)
Horaires10h – 18h, fermé le lundi et dernier mardi du mois
Année de fondation1714
ArchitectesMattarnovi, Härbel, Chiaveri, Zemtsov (1718-1734)

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la Kunstkamera de Saint-Pétersbourg ?

La Kunstkamera, officiellement Musée d’anthropologie et d’ethnographie Pierre le Grand, est le premier musée de Russie, fondé par le tsar Pierre Ier en 1714. Situé sur l’île Vassilievski à Saint-Pétersbourg, il abrite des collections ethnographiques du monde entier et le célèbre cabinet de curiosités anatomiques.

Pourquoi Pierre le Grand a-t-il créé la Kunstkamera ?

Pierre le Grand créa la Kunstkamera à son retour de la Grande Ambassade en Europe (1697-1698), inspiré par les cabinets de curiosités d’Amsterdam et de Leyde. Il souhaitait doter la Russie d’une institution scientifique moderne pour éduquer son peuple et faire progresser les sciences.

Qu’est devenu l’ancien bâtiment de la Kunstkamera ?

Le bâtiment baroque original, construit entre 1718 et 1734, abrite toujours le musée. Après un incendie en 1747 qui détruisit la tour et une partie des collections, le bâtiment fut restauré. La tour actuelle avec son globe armillaire date de la reconstruction de 1947-1948.