Ermitage : le musée du Palais d'Hiver à Saint-Pétersbourg

Publié le 16 septembre 2026Temps de lecture : 12 minutes

Le musée de l'Ermitage est l'un des plus grands musées du monde. Fondé en 1764 par Catherine II à partir de 225 tableaux achetés à Berlin, il conserve aujourd'hui plus de trois millions d'objets, logés pour l'essentiel dans le Palais d'Hiver de Rastrelli, sur la Neva. Peintures de la Renaissance aux avant-gardes, malachite impérial, objets de Fabergé, souvenirs des tsars : voici l'histoire du musée, ses chefs-d'œuvre et les conseils pratiques pour le visiter en 2026.

Le Palais d'Hiver, résidence des tsars

Tout commence par le bâtiment. Le Palais d'Hiver que l'on admire aujourd'hui sur la rive gauche de la Neva a été édifié de 1754 à 1762 par Bartolomeo Francesco Rastrelli, l'architecte italien de l'impératrice Élisabeth. Sa façade de près de deux cents mètres, vert olive et blanc rehaussé d'or, incarne le baroque élisabéthain dans ce qu'il a de plus théâtral : loggias, atlantes, balustrades peuplées de statues. C'est le plus spectaculaire ouvrage de l'architecte, que Saint-Pétersbourg doit aussi aux cathédrales et palais décrits dans notre dossier sur les architectes de Saint-Pétersbourg, de Rastrelli à Rossi et Montferrand.

Pendant un siècle et demi, le palais est le cœur de la vie des Romanov : réceptions d'apparat, bals de l'aristocratie, conseils d'État. Ravagé par un immense incendie en décembre 1837, il est reconstruit en un temps record sous Nicolas Ier, qui en profite pour moderniser les salles. En 1917, le palais devient le symbole de la révolution : le Gouvernement provisoire s'y est réfugié, et l'assaut du 25 octobre (7 novembre) du calendrier grégorien) fait basculer l'histoire russe. En 1922, les collections impériales et nationales sont réunies sous le nom d'État des musées de l'Ermitage.

Façade du Palais d'Hiver sur les quais de la Neva à Saint-Pétersbourg, au crépuscule
La façade du Palais d'Hiver sur la Neva, au crépuscule : près de deux cents mètres de baroque élisabéthain.

1764 : Catherine II et la naissance de la collection

La collection commence par un marchandage européen. En 1764, la Grande Catherine achète à Berlin 225 tableaux — maîtres flamands et hollandais, écoles françaises et allemandes — issus des collections du négociant d'art Johann Ernst Gotzkowsky. Ces toiles, rejointes par les collections Croÿ et Rieusens négociées à Bruxelles quelques années plus tard, forment le noyau d'un cabinet de peinture installé dans une aile du Petit Ermitage.

Catherine II collectionne avec une méthode d'état : elle achète des cabinets entiers — tableaux, dessins, gravures, camées, livres — et fait venir des catalogues de ventes de toute l'Europe. Le goût français l'inspire autant que l'érudition allemande : elle lit Voltaire, elle correspond avec Diderot, qui lui sert d'acheteur et de conseiller à Paris. C'est ainsi qu'en 1772 le cabinet impérial acquiert la collection Crozat, négociée par Diderot lui-même : plus de quatre cents tableaux, dont des Raphaël et des Rubens qui demeurent parmi les pièces les plus admirées des salles italiennes. Les collections grandissent si vite que l'impératrice écrit elle-même, dans une lettre célèbre, qu'elle n'est « plus collectionneuse mais boulimique ». À sa mort, en 1796, l'Ermitage compte plusieurs milliers de tableaux et l'une des plus grandes bibliothèques privées d'Europe.

À retenir : l'Ermitage est né d'une double passion franco-russe — le goût français des Lumières et l'ambition russe de fonder une grande collection d'État. Les relations culturelles entre Paris et Saint-Pétersbourg ont ainsi contribué, dès 1764, à créer l'un des premiers grands musées d'Europe.

Du cabinet privé au grand musée public

Le nom lui-même est français : ermitage, « lieu de solitude ». Les galeries impériales étaient d'abord des cabinets de retraite où l'impératrice contemplait ses tableaux loin des cérémonies de la cour. Le complexe se construit bâtiment par bâtiment autour du Palais d'Hiver : le Petit Ermitage (1760), le Vieil Ermitage (1784), le Nouvel Ermitage (1852, conçu par l'architecte munichois Leo von Klenze pour accueillir le public), le théâtre de l'Ermitage (1787, œuvre de Giacomo Quarenghi), puis, face au palais, l'immense bâtiment de l'État-major.

BâtimentDateCe qu'on y découvre
Palais d'Hiver1754-1762 (Rastrelli)Appartements d'apparat, escalier du Jourdain, collections anciennes
Petit Ermitage1760Les salles de cabinet d'origine de Catherine II
Vieil Ermitage1784La galerie historique de la collection impériale
Nouvel Ermitage1852 (von Klenze)Le premier musée public de Russie, escalier monumental
Bâtiment de l'État-major1819-1829 (Zakharov)Peinture moderne occidentale : impressionnistes, Matisse, Picasso

L'ouverture au public se fait par paliers : visites des étrangers dès les années 1760, accès régulier des Russes au début du XIXe siècle, musée véritablement public avec le Nouvel Ermitage en 1852. Le 7 décembre 1917, peu après la révolution, les galeries rouvrent déjà au public sous leur nouvelle appellation. Durant le siège de Léningrad, entre 1941 et 1944, les œuvres maîtresses sont évacuées par train vers Sverdlovsk, dans l'Oural — une épopée logistique qui sauva le cœur de la collection. Quant aux célèbres chats de l'Ermitage, héritiers d'un décret d'Élisabeth qui envoyait des matous garder les greniers contre les rongeurs, ils patrouillent toujours les caves du musée, au grand bonheur des visiteurs.

Escalier monumental blanc et or du Nouvel Ermitage, avec colonnes de granit gris
L'escalier du Nouvel Ermitage : le musée public de 1852 inaugurait l'ère des grandes salles accessibles à tous.

Les saisies napoléoniennes et les restitutions

L'histoire de l'Ermitage croise celle de la France de la manière la plus tumultueuse. En 1812, l'armée napoléonienne occupe Saint-Pétersbourg quelques mois ; près de 400 tableaux de la collection impériale sont emportés à Paris, au Louvre et dans d'autres collections, tandis que des statues sont brisées pour récupérer les métaux. C'est l'une des plus importantes saisies d'art de l'histoire.

Les traités de 1814 et 1815 prévoient la restitution. Les convois regagnent la Russie entre 1814 et 1815, avec l'appui des monarchies alliées ; la France conserve toutefois une partie des œuvres, certaines revendues au musée du Louvre par la suite. La Russie, à son tour, conservera une partie des saisies françaises de campagne dans ses propres collections. Cette double circulation des chefs-d'œuvre entre Paris et Saint-Pétersbourg a durablement lié les deux musées dans l'imaginaire européen — un chapitre de la relation franco-russe que les échanges culturels contemporains prolongent, comme le rappellent les saisons croisées et les expositions évoquées dans notre guide des collections du Musée Russe. L'épisode reste, deux siècles plus tard, une référence incontournable dans tout débat international sur la restitution des œuvres spoliées en temps de guerre.

Collections : impressionnistes, Matisse, malachite, Fabergé

La peinture occidentale forme l'ossature du musée : deux madones de Léonard de Vinci, des toiles de Raphaël, Titien, Véronèse, Rembrandt (une vingtaine, dont le célèbre Retour de l'enfant prodigue), Rubens, Watteau. Mais c'est dans la peinture moderne que l'Ermitage possède ses trésors les plus inattendus : les collections des mécènes moscovites Sergueï Chtchoukine et Ivan Morozov, nationalisées après 1917, réunissent l'un des plus grands ensembles de Matisse au monde (Danse et Musique), de Picasso, de Monet, de Cézanne et de Van Gogh. On les admire aujourd'hui dans les salles de l'aile de l'État-major, face au Palais d'Hiver.

Les arts décoratifs impériaux donnent au musée son visage le plus somptueux :

Salle de malachite du Palais d'Hiver, colonnes vertes et bronze doré, rideaux cramoisis
La salle de malachite : vert impérial et bronze doré, l'un des intérieurs les plus célèbres du Palais d'Hiver.

Avec plus de trois millions d'objets — peintures, sculptures, antiquités égyptiennes et classiques, armes, bijoux, estampes —, seule une fraction est exposée : parcourir l'ensemble des salles ouvertes représenterait des dizaines de kilomètres. D'où un conseil de bon sens : visiter l'Ermitage, c'est choisir un itinéraire, non courir après tout. Pour prolonger la découverte des musées de la capitale impériale, on poursuivra avec la Kunstkamera, premier musée de Russie, et avec notre guide des monuments et musées de Saint-Pétersbourg.

Un musée-monde au XXIe siècle

L'Ermitage n'est plus un musée de capitale impériale : c'est une institution mondiale. La majeure partie des collections n'ayant jamais pu être montrée, le musée a développé un centre de restitution et de conservation à Staraya Derevnya, où les œuvres sont étudiées, photographiées et numérisées — la collection en ligne permet aujourd'hui de consulter des centaines de milliers d'objets à distance. Des antiquités égyptiennes aux icônes byzantines, de la Scythie antique aux arts de l'Islam, les départements scientifiques comptent parmi les plus importants d'Europe orientale.

Le musée entretient aussi des filiales et des coopérations à l'étranger — une Ermitage-Amsterdam, des centres à Kazan et à Vyborg, des expositions itinérantes qui ont fait connaître les trésors de la collection de par le monde. Cette dimension internationale n'efface rien de l'ancrage local : pour les habitants de Saint-Pétersbourg, l'Ermitage reste avant tout « leur » musée, fermé le lundi comme au siècle dernier, et rouvert chaque matin sur la Neva comme une promesse renouvelée.

Visiter l'Ermitage en 2026 : billets, horaires, parcours

Les informations pratiques ci-dessous proviennent de la billetterie et des pages officielles du musée, consultées en septembre 2026 :

Le quartier mérite qu'on lui réserve la journée : la place du Palais et l'arc de triomphe du bâtiment de l'État-major en face, la colonne d'Alexandre, puis, de l'autre côté de la Neva, la forteresse Pierre-et-Paul. Les amateurs d'architecture sacrée joindront la visite des grandes cathédrales de Saint-Pétersbourg, de Saint-Isaac au Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Versé, et les mélomanes une soirée au théâtre Mariinsky, dont les salles furent, comme l'Ermitage, l'un des théâtres du pouvoir impérial. Comme toujours à Saint-Pétersbourg, l'essentiel se visite à pied ; prévoyez des chaussures confortables et, hors saison, des vêtements chauds pour les files d'attente de la place du Palais.

Questions fréquentes sur l'Ermitage

Pourquoi l'Ermitage s'appelle-t-il ainsi ?

Le nom vient du français « ermitage », solitude : les galeries impériales furent d'abord des cabinets privés où Catherine II et ses successeurs contemplaient leurs collections, loin de la cour. Le Petit Ermitage abritait ces salles de retraite avant que le musée ne s'ouvre au public au XIXe siècle.

Combien d'œuvres compte l'Ermitage ?

Le musée conserve plus de trois millions d'objets — peintures, sculptures, objets d'art, archéologie — dont seule une fraction, quelques pour cent, est exposée en permanence. Parcourir toutes les salles ouvertes représenterait des dizaines de kilomètres de marche.

Qui a construit le Palais d'Hiver ?

Le Palais d'Hiver actuel a été édifié de 1754 à 1762 par l'architecte italien Bartolomeo Francesco Rastrelli, à la demande de l'impératrice Élisabeth. Rehaussé et restauré après l'incendie de 1837, il est le chef-d'œuvre du baroque élisabéthain.

L'Ermitage est-il ouvert le lundi ?

Non. Le musée est fermé le lundi, ainsi que le 1er janvier et le 9 mai. Les horaires habituels du complexe principal sont 11 h à 18 h, avec billetterie jusqu'à 17 h, selon les informations officielles consultées en septembre 2026.

Quel est le prix d'entrée de l'Ermitage en 2026 ?

Selon la billetterie officielle consultée en septembre 2026, le billet d'entrée au complexe principal coûte 700 roubles, avec des options plus chères pour les billets à date ouverte. Des gratuités ou tarifs réduits s'appliquent pour certaines catégories de visiteurs.